4 avril 2025

L’ESPÉRANCE

 

AED international Pakistan

Espérance pour nos frères les plus éprouvés!

L’Espérance est une ancre qui nous maintient fermement attachés à Dieu, même au coeur des tempêtes. Elle est non seulement un refuge mais également une vertu active qui invite à agir. Au milieu des situations dramatiques de violence et d’insécurité, l’Église soutient et réconforte toutes les populations, faisant ainsi briller la flamme de l’Espérance dans l’obscurité de l’actualité. 


Le temps de Pâques nous enseigne que la vie a vaincu la mort. Continuons d’être des porteurs de cette ferme et joyeuse Espérance pour nos frères les plus éprouvés!


Benoît de Blanpré, directeur Aide à l’Église en Détresse  (France)

extrait de l’éditorial d’avril 2025


31 mars 2025

LES MOTS DE LA PAIX

 

Image Michel Martin-Prevel, cb

Seigneur, veille au seuil de ma bouche Ps 140


Dans une lettre rendue publique ce mardi 18 mars, adressée au directeur du journal italien Corriere della Sera, le pape François écrit ceci : « Nous devons désarmer les mots, pour désarmer les esprits et désarmer la Terre. » La formule retient l’attention mais reste quelque peu énigmatique. Son intention est néanmoins limpide : en ce rare moment où il rompt le silence que lui a imposé sa maladie, il lance un appel à la paix et veut faire école.

À notre place de citoyens occidentaux, nous ne pouvons appuyer sur aucun bouton pour arrêter les combats. En revanche, si l’on suit la pensée de François, nous pouvons maîtriser les mots que nous employons. « Mets une garde à mes lèvres, Seigneur, veille au seuil de ma bouche », dit le psaume 140. Quand les armes de guerre tuent, les langues doivent soigner la paix et les mots profiter à la vie. Cela vaut en premier lieu pour les négociations internationales. Cela vaut aussi dans nos expressions courantes. Pensons à nos formules familières inappropriées de « guerre commerciale » ou « guerre des nerfs ». Mais le pape vise plus loin...


Arnaud Alibert,assomptionniste, rédacteur en chef à La Croix


*****


… Dans son enseignement transmis à la presse, le Pape revient sur l’évangile dans lequel, écrit-il, "Jésus nous fait réfléchir sur deux des cinq sens : la vue et le goût". Concernant la vue, le Pape explique que le Christ "a demandé d’entraîner nos yeux à bien observer le monde et à juger notre prochain avec charité". En ce qui concerne le goût, "Jésus nous rappelle que chaque arbre se reconnaît à son fruit". Et d’expliciter : "Les mauvais fruits sont des paroles violentes, fausses, vulgaires ; les bons sont les mots justes et honnêtes qui donnent de la saveur à nos dialogues."


aleteia.org, 2 mars 2025


28 mars 2025

LES MERVEILLES DE DIEU EN MOI

 



« Ô Seigneur, comment reconnaître les bienfaits dont tu m’as comblé… « 

Et moi : « Ai-je l’audace de reconnaître les merveilles que Dieu fait pour moi ? » Bien souvent dans la prière, nous demandons grâce et guérison. Nous pouvons être découragés par l’absence de réponse du Créateur. Pourtant, savons-nous reconnaître tout ce qu’il a déjà fait pour nous ? Avons-nous l’audace de le proclamer ? J’avais demandé dans la prière la guérison d’une femme souffrante. Mais lorsque sa guérison est arrivée, il m’a fallu du temps pour reconnaître l’œuvre du Christ.

Demandons à l’Esprit Saint de nous ouvrir les yeux, de purifier notre regard : n’est-ce pas notre vocation de chrétien de reconnaître Dieu à l’œuvre dans notre monde, maintenant ? Le reconnaître et le manifester avec audace !

Thibault, laïc engagé

carêmedanslaville.com

25 mars 2025

L’ ANNONCE FAITE À MARIE





Dire OUI, comme Marie, c’est consentir à sa suite à la pauvreté de soi pour faire place à l’Autre en soi. C’est la condition absolue de l’unique richesse: la possibilité donnée à l’Amour en nous de se développer,  de nous habiter, de nous transformer et d’engendrer progressivement en nous et à notre mesure un artisan de la paix du monde.

Marguerite Hoppenot, fondatrice du mouvement Sève
in La main de Dieu, juin 1984

23 mars 2025

LE SOUFFLE CRÉATEUR

 


L’Esprit qui amène du neuf dans nos vies

Nous cherchons ce souffle créateur, l’Esprit qui amène du neuf dans nos vies. Et si nous commencions par nous interroger sur son absence. Quand Dieu reprend le souffle qu’il a lui-même mis dans la poitrine de l’homme, c’est la mort. Oui, quand Dieu se retire, nous perdons non seulement notre souffle, mais aussi tout sens à notre vie. Mais ne nous arrêtons pas là, car le psalmiste continue à écrire : « Tu envoies ton souffle : ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre. » 
Si les hommes expirent, Dieu envoie son esprit. Il les recrée. Littéralement, le psalmiste écrit : « tu renouvelles le visage de la boue ».

C’est Antoine, qui était perdu dans l’ésotérisme et la voyance. Jusqu’à ce qu’il m’écrive : « J’ai remis en question toutes mes connaissances et lectures sur la médiumnité et les esprits. J’ai plus prié depuis notre rencontre, et je me sens parfaitement bien ! Je me nourris de prière et je sens quelque chose de puissant : l’Amour qui descend sur ma vie. » Le souffle absent est revenu : il y a une nouvelle création.

Fr.Rémi-Michel Marin-Lamellet, dominicain

carêmedanslaville.org

*****

Sans l’Esprit saint, rien ne se passe. Mais laissez-le venir, doucement, discrètement, mais sûrement. Il est d’une délicatesse extrême et le meilleur des instrumentistes. 
Alors, tout change. L’Esprit saint fait jaillir en nous la prière. Laissons-nous remplir du souffle de cet Esprit pour devenir nous-mêmes instruments vivants pour notre Dieu. Et, pourquoi pas, souffler dans une trompette ou une flûte ? Alors le souffle de l’Esprit diffusera sa lumière en nos esprits et son amour en nos cœurs.

« Donne-nous les sept dons de ton amour,
Toi le doigt qui œuvre au Nom du Père,
Toi dont il nous promit le règne et la venue,

Toi qui inspires nos langues pour chanter. » prière du Veni Creator

Sœur Clara de l’Annonciation, dominicaine

carêmedanslaville.org

20 mars 2025

COMMENT VAINCRE LE MAL ?

 



« Aussi radical que soit le mal, il n'est pas aussi profond que la bonté. »


Examiner ce qui se passe en soi, mettre des mots dessus, c'est un premier pas dans la vie spirituelle. Cette pratique rejoint « l'ouverture du cœur » des moines orthodoxes à leur père spirituel : le moine dit les pensées qui habitent ses jours et ses nuits.

Dans l'épreuve, il est dangereux de rester seul. Gabriel Mouesca, 56 ans, militant de la cause basque dans les années 1980, a passé dix-sept années en détention. Il sait ce qu'il doit à d'autres présences : « J'ai fait quatorze établissements pénitentiaires. J'y ai toujours rencontré des hommes et des femmes porteurs de lumière : instituteurs, personnel médical, aumôniers », se souvient-il. 

Mais comment cet homme, habité par un profond idéal de justice, a-t-il tenu dans le terrible univers carcéral ? « Je n'ai jamais versé dans la haine, affirme-t-il. Parce que j'ai toujours su que j'étais aimé par ma famille et mes amis, et j'ai continué à aimer. » Et puis, dans ce lieu de toutes les tentations, Gabriel s'est appuyé sur sa foi : « Tous les matins, je lisais l'Évangile du jour. C'était ma source d'énergie pour lutter contre ce que j'allais rencontrer dans la journée : le mensonge, les rapports de force, la violence symbolique ou physique. »

Gabriel est sorti plus fort de l'épreuve. Il est aujourd'hui acteur du processus de paix au Pays basque. Le philosophe Paul Ricœur (1913-2005) l'a dit : « Aussi radical que soit le mal, il n'est pas aussi profond que la bonté. »

Christophe Chaland, journaliste pour Le Pèlerin

« Comment vaincre le mal pendant le Carême ? « 



17 mars 2025

LA VOIX D’ANNE FRANK


Image La Croix
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« Cette brutalité aura une fin, le calme et la paix reviendront. »


La lecture de l’éditorial du  4 mars « La voix d’Anne Frank » est pour moi une invitation à poursuivre la quête de toujours saisir la lumière, le beau, … même dans les ciels les plus sombres, même quand les événements du jour nous effraient. Merci Loup Besmond de Senneville de nous rappeler ce livre d’Anne Frank. Je vous écris également tant la photo de cette jeune femme de Gaza en une m’a profondément touchée ! Elle illustre de manière tellement délicate l’éditorial et vient faire résonner les mots d’Anne Frank : «…je pense que tout finira par s’arranger, que cette brutalité aura une fin, que le calme et la paix reviendront régner sur le monde. » Sur les ruines, les gravats, cette femme nous regarde et sourit… Je la regarde à mon tour et demeure sans voix, juste silencieuse avec énormément de compassion, d’émotion et de larmes dans les yeux. Cette une du 4 mars entre mes mains, la veille de l’entrée en Carême est pour moi un signe de ce qui m’est donné à vivre, à regarder sur le chemin vers Pâques ! Vos photos sont toujours tellement bien choisies, continuez ce travail de choix, nous avons besoin de cette singularité pour entrer dans l’information avec le cœur et l’esprit perméables et ouverts !

Édith Richard, lectrice de La Croix

14 mars 2025

« JE FRANCHIS LES MURAILLES « Ps. 18: 30

 



Des ailes pour sauter les murs

Bien qu’il n’y ait pour nous chrétiens qu’un seul Dieu, nous avons tout un chacun une relation personnelle avec lui. Cherchons à souligner ou compléter dans la liste ci-dessous les notions qui expriment Dieu dans notre vie personnelle aujourd’hui.


Celui qui est loin, qui trône par-delà les nuages; l’Emmanuel (Dieu avec nous); le Créateur; ABBA père/mère; l’Enfant-Dieu; l‘Ami; le Frère; le Saint-Esprit; le Tout-Autre; le Seigneur; la conscience morale; Celui que je déçois; Celui qui me punit; Celui qui m‘appelle au repentir; mon Rocher; le Bon Berger; le Salut; l‘Innocent crucifié; mon Sauveur; la Porte; le Chemin; la Vérité; l‘Amour; la Lumière; la Paix; mon But; la Main qui me guide…


Les enfants de mon cours de religion (CM1 et 2) ont fait dans cette liste des choix indiquant clairement que la jeunesse d’aujourd’hui ne croit plus en un Dieu qui s’empresse de punir, mais qu‘au contraire elle porte en elle une image de Dieu résolument positive. Les jeunes croient en un Dieu qui les aide, leur donne du courage et les protège; ils croient en un Dieu qui leur donne des ailes pour sauter les murs, comme le dit le Psaume 18, 30: „ Avec mon Dieu, je franchis des murailles „.


Bernadette Häfliger, aumonière en paroisse, Suisse

traduit de l’allemand par mes soins.Chantal K.B.

11 mars 2025

PRIER, C’EST…

 



Prier, c’est accueillir la main que tu me tends.

Seigneur, les crises, les angoisses et les tentations m’assaillent, mais je reste heureux et confiant car je sais que tu es à mes côtés. 

Seigneur Dieu, aide-moi à apprendre à accueillir la main que tu me tends.

Père tout-puissant, aide-moi à laisser l’Esprit-Saint remplir le vide en moi, pour qu’en lui je devienne le frère de ton Fils et que mon âme trouve enfin du repos.

Amen

Méditation pour le carême, La Croix

*****

Moi l’Éternel ton Dieu, je tiens ta droite. Moi qui te dis: ne crains point, je t’aiderai.

Ésaïe 41:13

8 mars 2025

VIS LE JOUR D’AUJOURD’HUI

 


Le jour de demain est à Dieu, il ne t’appartient pas.


Vis le jour d’aujourd’hui,

Dieu te le donne, il est à toi, vis-le en lui.

Le jour de demain est à Dieu, il ne t’appartient pas.

Ne porte pas sur demain le souci d’aujourd’hui.

Demain est à Dieu, remets-le-lui.

Le moment présent est une frêle passerelle:

si tu le charges de regrets d’hier, 

de l’inquiétude de demain,

la passerelle cède et et tu perds pied.

Le passé ? Dieu le pardonne.

L’avenir ? Dieu le donne.

Vis le jour d’aujourd’hui 

en communion avec lui


Trouvé sur une petite sœur du Sacré-Coeur, tuée en Algérie le 10 novembre 1995

communauté Sève, Lausanne 

5 mars 2025

RENDEZ-VOUS INTÉRIEUR

 


 « Continue, surmonte cette envie de t’arrêter. »

Là, dans le secret, je trouve mon Dieu. Il est ce souffle qui respire en moi et ce mouvement qui m’attire. Il est là, douce présence dans le silence de ce rendez-vous intérieur.

Montent les visages, les noms, les situations de tant de frères et de sœurs qui peinent à marcher, à tenir debout physiquement ou intérieurement, sous le poids de la douleur et des soucis. Pour eux, j’offre ce bout de chemin et je cours avec cette saveur particulière de la communion. 

Au cœur de mon effort, de ma fatigue, j’entends une invitation : « continue, surmonte cette envie de t’arrêter. » Au creux d’un souffle haletant, le souffle est là. Il libère un espace en avant de moi. Il m’offre une joie profonde, simple, gratuite… Allez, encore un peu, un peu plus loin, au rendez-vous du souffle de joie !

Ouvrons notre cœur aux appels de l'Esprit, même si cela implique de sortir de notre zone de confort.
Confions-nous à la présence de Dieu dans tous les aspects de notre vie.
Demandons-lui la grâce de persévérer dans la foi et dans l'amour.

Sr Marie-Théo Manaudou, dominicaine 
carêmedanslaville.org

4 mars 2025

LE CULTE DE LA PERSONNALITÉ



Nul ne peut se prévaloir de la volonté de Dieu.

Le culte de la personnalité est une pratique païenne qui vise plus ou moins à revêtir les simples mortels des attributs de la divinité. Nous en avons sous les yeux deux exemples inquiétants. Donald Trump il y a quelque temps et Vladimir Poutine cette semaine ont établi un lien de sens si ce n’est de causalité directe entre leur entreprise politique et la volonté divine, en se plaçant comme agents de la main de Dieu pour agir dans le monde, l’un pour sauver l’Amérique, l’autre la Russie. Cherchez l’erreur ! Dans l’Église, ces considérations sont bien balisées. En dehors de l’administration des sacrements, nul ne peut se prévaloir de la volonté de Dieu.

L’Église ne manque pas de sagesse dans sa relation à son chef. Même si nous devons rester vigilants, en particulier à cause de la pratique récente de canonisation des papes. L’habitude, si elle s’installait, de canoniser les papes nuirait au message porté par la papauté.

Il existe d’autres manières d’honorer la figure du pape, en se mettant à son école. Depuis le début de son pontificat, François insiste sur la détermination pastorale de son ministère. S’il est, de fait, en haut de la hiérarchie ecclésiastique, il sait se tenir en bas avec les plus délaissés et au milieu avec les communautés locales du monde entier. 

De manière qui n’est pas anecdotique, mais bien plutôt systématique, il multiplie les signes de désacralisation de sa fonction : petite voiture blanche pour se déplacer, simple chambre à la maison Sainte-Marthe en lieu et place des appartements pontificaux, chaussures de ville noires comme tout le monde mais aussi coups de téléphone directs à ceux dont il veut être proche etc., les exemples sont légion.

Toute cette simplicité fait de lui un être attachant, à qui on souhaite une longue vie et c’est bien cela qui compte : laisser grandir une forme d’amour entre lui et nous.

Arnaud Alibert, assomptionniste, rédacteur en chef à La Croix

27/02/2025

1 mars 2025

L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

 


Le terme d’intelligence appliqué à ce qui n’est que mécanique et artificiel, reste une tromperie.

Un lumineux professeur de théologie nous confiait que l’intelligence dans le discours commun n’est qu’une technique. Aux yeux de Dieu quand celui-ci se met à hauteur d’homme, quand il se fait homme de Galilée qui parle avec le tout-venant, l’intelligence est d’abord le tranchant d’une pensée qui sait saisir ce qui palpite dans l’homme et fait avancer le monde. Cette intelligence humaine ne se nourrit pas seulement de connaissances et de raisonnements ; elle puise aussi sa force dans les sentiments, dans l’exaltation de l’espérance, dans la profondeur de la confiance et de la foi dont l’humain est capable.

L’intelligence artificielle,elle, n’est qu’une algorithmique associée à de puissants calculateurs, capable d’analyser des millions de données en un clin d’œil, et de fournir des synthèses, des images et des sons. Elle est dotée d’une mémoire phénoménale, car elle a accès à des milliards de datas stockées un peu partout dans le monde. Et après ?

Loin de moi de la relativiser, d’en minimiser les risques ou d’en méconnaître les bénéfices dont l’homme pourrait en tirer pour sa santé, ses savoirs ou ses échanges d’informations. Néanmoins, le terme d’intelligence appliqué à ce qui n’est que mécanique et artificiel, reste une tromperie.

Non seulement, il manque à l’IA un corps qui ressente, mais surtout il lui manque cette faculté de pointer son énergie vers ce qui est inconnu. L’IA concentre toute son énergie à rassembler le savoir connu. L’homme, lui, a besoin d’inconnu et s’en nourrit. Cet inconnu est par excellence notre Dieu-Amour. La plus grande intelligence est une intelligence du cœur comme aimait le dire le cardinal de Lyon Louis-Marie Billé (1938-2002). Intelligence du cœur donc, mais pas un cœur artificiel, on se comprend !

Arnaud Alibert, prêtre assomptionniste rédacteur en chef à La Croix

26 février 2025

VERTUS DE L’ÉCHEC

 

Le Kintsugi japonais souligne les brisures avec de l’or

Tomber sept fois, se relever huit : quelles sont les véritables vertus de l'échec ?

Qu’il soit professionnel ou sentimental, un échec révèle que nos désirs ne deviennent pas toujours réalité. Il laisse une cicatrice douloureuse, dans une société marquée par la tyrannie de la réussite. Ce revers ne peut se surmonter qu’au prix d’un cheminement intérieur.

L’important n’est pas ce que l’on ne réussit pas, mais ce que l’on fait de cet échec…  

Zéro pointé, éliminé, disqualifié, refusé, largué, licencié, endetté… Cette litanie fait surgir des fantômes grimaçants : peurs d’enfant, rêves brisés, espoirs déçus. L’estime de soi, devrait toujours être dans le positif, même et surtout quand nous chutons. Or un échec trop humiliant ou une série d’échecs répétés viennent l’éroder. 

À l’ère de la performance, un déboire suscite en effet des émotions négatives fortes : honte, culpabilité, colère, etc.

Nul ne peut effacer, d’un coup de baguette magique, la négociation ratée ou l’objectif manqué. Un échec en soi n’a jamais de sens. Mais il fait partie de notre réalité. Il révèle nos pauvretés, nos misères, nos dysfonctionnements et ceux des autres… Le reconnaître est essentiel pour faire le deuil d’un idéal, préserver son énergie psychique, éviter d’en faire une obsession, voire d’arriver à un burn-out. Nommer le réel rend la situation plus intelligible. Comment est-ce que je considère mon échec ? À quoi je l’attribue ? À moi ou aux autres ? L’attribution peut en effet être interne (s’incriminer, parfois à tort ou à l’excès) ou externe (rejeter la responsabilité sur l’arbitre, le juge ou les profs). Dans les deux cas, il s’agit d’un biais cognitif qui empêche d’avancer.

« Vous pouvez le faire si vous croyez que vous le pouvez ! ». Quoi de plus violent sincèrement ? Jamais aucune pensée positive ne pourra effectivement combler le fossé qui existe, par exemple, entre les opportunités offertes à un ingénieur réputé et celles gagnées à la sueur de son front par un ouvrier lambda lorsqu’ils se retrouvent tous les deux sans emploi.  Ce mythe de la réussite par la fable de ses mérites, donc de ses souffrances. Tout le monde n’a pas les ressources financières, mentales et même morales pour se relever, sinon pour rebondir après un échec.

D’autant qu’un échec se mesure aussi à l’aune de sa dimension et de son intensité. Rater sa mayonnaise ou son créneau n’a pas la même répercussion qu’un mariage aboutissant à un divorce, un célibat non choisi, la stérilité, le suicide d’un proche… « On n’a pas de réponse à tout, accorde Lucille Garric, philosophe praticienne, ce qui montre nos limites, notre vulnérabilité, qui nous relient à notre humanité. Il existe des impasses qui, comme dans un labyrinthe, nous contraignent à faire demi-tour. Les stoïciens invitent à distinguer ce qui dépend de nous de ce qui ne nous appartient pas. Dans la relation, l’autre demeure une inconnue, un mystère insaisissable. L’acceptation, qui renonce à élucider le pourquoi, procure la paix de l’esprit. »

Par Stéphanie Combe

la vie.fr

23 février 2025

TÉNACITÉ DANS L’ÉPREUVE




La patience doit être l’expression de notre amour et le signe que nous nous abstenons de juger les autres. 

La Bible grecque utilise pour désigner la patience le terme hypomone, qui désigne l’action d’endurer quelque chose de pesant. La patience n’est donc pas une attitude passive. Elle est cette qualité qui nous permet de tenir bon, d’être tenace dans l’épreuve. Traverser ainsi les épreuves de la vie nous rend plus forts. « La tribulation produit la constance, écrit saint Paul, la constance produit une vertu éprouvée, la vertu éprouvée produit l’espérance » (Romains 5, 3-4). Celui qui supporte les tribulations de cette vie avec patience voit grandir en lui l’espérance que les épreuves feront place à quelque chose de nouveau et de beau. Mais l’inverse est également vrai : c’est parce que nous espérons que nous pouvons affronter et supporter patiemment les épreuves du quotidien : « Espérer ce que nous ne voyons pas, c’est l’attendre avec constance » (Romains 8, 25).

Le mot grec hypomone est traduit dans la Bible latine par patientia, qui vient de pati (« souffrir »). La patience consiste donc aussi à endurer la souffrance. Le stoïcisme loue la patience comme la vertu du sage qui reste fidèle à lui-même et ressort finalement vainqueur de ce qui l’accable. Les stoïciens nous invitent à faire la différence entre ce qui est en notre pouvoir – et que je peux changer – et ce qui ne l’est pas et que je dois supporter patiemment. Je ne dois pas m’épuiser à lutter inutilement contre ce que je ne peux changer, mais je tiens bon, je reste debout. Je reste moi-même. Nous avons chacun dans notre entourage des personnes susceptibles, jalouses, mal intentionnées. Quand il y a une personne qui nous agace ou nous blesse et que nous ne pouvons changer, nous sommes appelés à simplement la supporter. Non d’une manière passive et résignée ; cette patience doit au contraire être l’expression de notre amour et le signe que nous nous abstenons de juger les autres. 


ANSELM GRÜN, moine bénédictin 

prier.fr

20 février 2025

« DIEU VIT QUE CELA ÉTAIT BON » Genèse 1, 25

 


Le « judéo-christianisme » accusé de tous les méfaits de la civilisation industrielle

Certains critiquent le « judéo-christianisme » allégrement, l’accusant de tous les méfaits de la civilisation industrielle et de l’économie libérale sur l’environnement. On dit souvent en effet : voilà les fondements de l’attitude de l’homme européen et américain. Leur Dieu leur dit de régner, de soumettre la terre, de la dominer, alors il ne faut s’étonner de rien et surtout pas qu’ils aient mis en pièce la planète pour leur seul profit. Ils sont justifiés par leurs textes sacrés. Ce sont ces textes sacrés qui sont les responsables !

 Mais les pourfendeurs du judéo-christianisme, c’est clair, ne retiennent ici que ce qui les arrangent du texte biblique, car Dieu ne dit pas seulement de régner, de soumettre, de dominer, Il dit aussi comment il faut le faire : « faisons l’homme à notre image » et pour être sûr d’être bien compris il le répète trois fois en deux versets. En effet, si l’homme doit régner sur la création, la soumettre et la dominer, c’est donc en tant qu’image de Dieu, de ce Dieu qui vient de créer, pas de détruire, qui trouve cela bon et beau, le mot « tov » en hébreu veut dire les deux à la fois, et qui l’a répété à chaque étape de la création.


centre-Béthanie.org: Prêtre orthodoxe, mcentre-bethanie.org de la communauté de Béthanie. Pascal Sauvage : Prêtre orthodoxe, membre de la communauté de Béthanie.

17 février 2025

« NE PRENEZ RIEN POUR LA ROUTE »

 


Nous n’avons pas besoin de bâton, notre seul appui sera la certitude de sa présence.

Dans la vie religieuse comme dans le monde du travail ou des associations, chaque nouvelle mission est accompagnée d’une feuille de route. Celle que Jésus confie aux Douze est aussi la nôtre si nous désirons faire de notre vie une annonce de son Royaume. Attention : n’oublions jamais que c’est en son nom que nous partons. Celui qui compte sur ses propres forces pourrait bien vite se décourager ! Dépouillons-nous de toute fausse sécurité. « Ne prenez rien pour la route », nous dit Jésus. Nous n’avons pas besoin de bâton, notre seul appui sera la certitude de sa présence. Notre pain, sa Parole et son Eucharistie. Notre richesse, son amour.

Les pèlerins qui ont fait cette expérience d’abandon dans la pauvreté sont nombreux à revenir émerveillés de la sollicitude de la Providence, tout au long de leur route. Ils racontent la générosité des personnes rencontrées, la qualité de l’accueil qui leur est réservé. Leur vulnérabilité touche les cœurs et ouvre la porte à de riches dialogues en vérité. Nous recevons à la mesure de notre confiance, et lorsque nous avons les mains vides, c’est Dieu lui-même qui se donne à travers nous.

Soeur Marie-Laetitia Youtchenko, dominicaine

*****

La foi nous dit que Dieu est créateur et qu’il est sauveur. Entre le deux, il est ce marcheur avec nous. Cette marche n’est pas une simple visite. La foi nous indique qu’elle est transformante. N’en déplaise aux puissants qui s’enorgueillissent de leur victoires, c’est elle qui écrit l’histoire des hommes au quotidien. 

P. Arnaud Alibert, assomptionniste

La Croix.

14 février 2025

NIETZSCHE & CO.


Le dieu romain Jupiter


Pourquoi tant de philosophes se sont-ils opposés à Dieu ? 

Pour aller rapidement, on pourrait répondre : pour libérer l’homme. Ainsi, dans le Gai Savoir, Nietzsche écrit : « Nous autres philosophes et “esprits libres”, à la nouvelle que “le Dieu ancien est mort”, nous nous sentons illuminés d’une aurore nouvelle ; notre cœur en déborde de reconnaissance, d’étonnement, d’appréhension, d’attente. Enfin, l’horizon nous semble de nouveau libre, en admettant qu’il ne soit pas clair, enfin nos vaisseaux peuvent de nouveau mettre la voile… »

En lisant ces auteurs, on a le sentiment que Dieu constitue une chape de plomb qui oppresse l’humain. Les questions que l’on peut alors se poser me semblent être les suivantes : quelle image leur avait-on donnée ou se faisaient-il de Dieu ? « Marx, Nietzsche, Sartre, Camus, tous ces grands talents, tous ces grands hommes, chacun à sa manière, pourquoi refusent-ils Dieu ? », se demandait le prêtre Maurice Zundel en 1960. « Dieu, ils le voient toujours sous l’image du Pharaon, comme une limite à l’homme, comme une menace contre l’homme, comme un interdit, comme une défense, comme une barrière ! » Or, poursuit ce mystique, le Dieu des chrétiens ne doit pas être vu comme une limite, une menace, un interdit ou une vengeance, mais comme l’amour agenouillé qui attend éternellement le consentement de notre amour. C’est donc parce qu’ils avaient une image pervertie de Dieu que ces auteurs se sont révoltés contre lui. À nous de révéler par nos paroles et par nos actes le vrai visage de Dieu. 

Patrice Gourrier, prêtre et psychologue 

Rubrique courrier des lecteurs, prier.fr mars 2022

11 février 2025

LE DIEU DES ABÎMES

 



Il n’est plus là où on l’attendait ; ni devant, ni derrière, ni à côté…Il est en-dessous.


Je me rappelle un moment particulièrement fort de ma vie. Je me trouvais dans un hangar à bestiaux au Mexique, aménagé pour accueillir les Indiens coupeurs de canne à sucre et leurs familles durant la saison de la coupe. J’étais partie vivre avec eux quelque chose de leur quotidien. Vrai défi pour l’être que j’étais, encore façonnée de vie confortable et loin de la brutale réalité des plus humbles de cette terre. La première nuit, je m’étais demandé quel sens pouvait bien avoir le fait d’être là. J’avais fini par entendre, un peu désorientée dans ce noir épais de la nuit mexicaine, que le Dieu qui se donnait à voir était le Dieu des abîmes. C’était la première fois que je le rencontrais. J’étais un peu déconcertée par ce Dieu qui semblait ne pas avoir renoncé à accompagner le moindre atome de sa création, fût-elle la plus méprisée, la plus redoutée, la plus perdue au bout du monde. Le surgissement de ce Dieu qui ne déserte aucun des lieux si oubliés des hommes m’avait tellement émue que j’en éprouve encore, en l’évoquant, une sensation quasi physique 

Je ne m’étais pas dit à l’époque qu’il s’agissait du Dieu des abîmes, mais aujourd’hui c’est bien ce nom-là que je lui donne. C’est le Dieu des enfers, des lieux marécageux, des zones interdites et des silences de l’épouvante. C’est aussi le Dieu du Samedi saint, celui qui ne se donne plus à voir pour mieux se donner à entendre. Celui qui a disparu de nos écrans radar et de nos GPS. Où est-il donc passé ? Il n’est plus là où on l’attendait ; ni devant, ni derrière, ni à côté…

Il est en-dessous.

Oui, en-dessous comme une pierre de soutènement, mais aussi comme un berceau qui accueille l’enfant, une main qui soutient le bras défaillant de la personne vulnérable.

Le Dieu des abîmes est un Dieu qui ne se voit pas, puisqu’ayant choisi d’être en-dessous il reste caché. Ce Dieu-là, personne ne me l’avait enseigné, ni au catéchisme ni dans les discours où encore tant de clercs privilégient un Dieu fort et exigeant en attente de notre repentance. Pourtant j’ose témoigner que j’ai vu et entendu que le cœur de Dieu est affecté par toutes les personnes que nous rencontrons. Quand j’ai douté du coeur de l’Humain et du mien en particulier, Dieu n’a jamais douté. Sans cesse il m’a invitée à oser descendre avec lui là où ça fait le plus mal, là où la honte, la culpabilité, le désespoir semblent à jamais devenus pierre. C’est là, au creux du creux que Dieu nous tient dans ses bras, qu’il nous appelle par notre prénom et nous console.

Je suis comme chacun de nous, les mains nues et l’âme vulnérable pour dire, à partir de ma seule expérience, la rencontre avec le plus humain dans l’Homme, Dieu lui-même.


Isabelle Le Bourgeois, religieuse psychanalyste, aumonière de prison


Le Dieu des abîmes À l’écoute des âmes brisées Ed Albin Michel 2020


Catacombes de Paris