Il n’est pas interdit de se poser des questions au sujet de ce paradoxe. Pourquoi l’échec ? Dieu s’en sert pour purifier nos désirs de réussite toute terrestre. Ou bien pour nous configurer au Christ qui termina sa course sur la Croix. Mais aussi pour mieux nous faire communier aux maux que subissent tous les malheureux de la terre en les comprenant de l’intérieur. L’échec est aussi un moyen d’affûter notre regard de foi : il permet de discerner les réalités surnaturelles là où on ne les soupçonnait pas. Les gens à qui tout réussit sont bien à plaindre : comment pourraient-ils prêcher la Croix ?
Surtout, l’échec, en nous faisant sacrifier les réussites, même celles qui nous viennent de Dieu, nous pousse à aimer Dieu pour Lui-même, au-delà de ses dons. Car Dieu est plus grand qu’eux. Ainsi, l’insuccès nous pousse à aimer Celui qui est infiniment plus grand que toutes les réussites ! Le manque de réussite devient de la sorte le tremplin pour accéder à la Vie par excellence qui est Dieu Lui-même. Voilà pourquoi les saints sont si indifférents vis-à-vis de la réussite de leurs projets. L’essentiel pour eux, c’est Dieu, non la tournure, favorable ou non, de leurs plans d’évangélisation. Et cette sagesse, ils ne la cultivent pas seulement pour eux et leur progrès spirituel, mais surtout pour ceux auxquels ils sont envoyés. Car ils savent, par la lumière surnaturelle que Dieu leur envoie, eux qui sont ses confidents et amis, que leur Ami divin est assez puissant pour transformer en bien un revers passager — comme Il le fit pour la Croix. Ainsi, si l'appel à la sainteté est universel, c'est parce qu'elle peut être envisagée à travers le prisme de l'échec — situation que tout le monde est appelé à rencontrer un jour ou l'autre.
Jean-Michel Castaing,haut fonctionnaire, théologien
fr.aleteia.org, 31/10/2025
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Dans la nuit obscure le cœur aimant s’ouvre à l’Amour.
Pour recevoir l’amour de Dieu, dit saint Jean de la Croix, il faut lui faire la place. Et parce que Dieu est tout, il faut lui faire toute la place. Se défaire de ses richesses, de ses désirs, de ses certitudes, de tout ce à quoi l’homme s’accroche consciemment ou non. Descendre dans la nuit. Jusqu’à la nuit de la foi, quand tout semble perdu.
La nuit ne se choisit pas : elle vient. Tout comme la croix du Christ ; tout comme le cachot que Jean de la Croix n’a pas choisi — il a même été enlevé par ses frères Carmes de Tolède. Ce n’est pas nous qui allons à la nuit, c’est la nuit qui vient à nous. À tout homme.
Et quand on n’a plus rien, alors Dieu peut devenir tout. C’est dans sa prison que Jean de la Croix a composé son Cantique spirituel. L’amour de Dieu, dit-il, est comme un feu qui consume et illumine à la fois. Feu qui consume, il est nuit ; feu qui illumine, il est l’éblouissement de la Résurrection. En même temps.
Cette leçon poétique et mystique de saint Jean de la Croix est une leçon de foi, mais aussi une leçon d’espérance. Nous n’avons pas à craindre l’épreuve, même si elle est douloureuse, car l’épreuve elle-même peut être expérience de Dieu. Durant cet Avent, apprenons cela : dans la nuit obscure le cœur aimant s’ouvre à l’Amour.
Frère Yves Combeau, dominicain
CFRT Le Jour du Seigneur 4/12/2025


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