25 décembre 2015

L'AMOUR S'EST FAIT CHAIR



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"Je suis petit et tu l'es aussi, je suis faible, et tu l'es aussi, je suis homme et tu l'es aussi." 
Aelred de Rievaulx, cistercien anglais du XIIe s.

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Dieu vient à l'humanité non en conquérant ou en dominateur, mais par un don qu'il nous fait. La pauvreté de cette naissance résonne avec la Passion de Jésus et sa mort sur la Croix. C'est la révélation d'un Dieu d'humilité, qui ne vient pas forcer l'homme à le reconnaître dans la crainte. Les premiers à lui rendre visite sont d'ailleurs des bergers, qui étaient dans la société juive de l'époque méprisés pour leur ignorance et pour leur mode de vie, peu propice au respect scrupuleux des prescriptions de la Loi. L'évangéliste insiste donc sur l'humilité de la naissance de Jésus et des destinataires de son message. « Le Créateur de l'univers est réduit à l'impuissance d'un nouveau-né » (Benoît XVI)

P. Marcel Domergue
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Nulle part on ne lit : "Nous avons fait un enfant". Il nous vient d'ailleurs, même si le père et la mère l'ont voulu. De plus, on ne choisit ni son sexe ni ses particularités physiques ou psychologiques. C'est bien pour cela qu'après avoir conçu un enfant, il faut encore l'adopter, dire "oui" à son existence et à sa particularité. Lui aussi devra passer par là : il n'a choisi ni de naître ni de naître tel qu'il est. "Son origine remonte à l'aube des siècles" (1re lecture du dimanche précédent). C'est vrai pour chacun de nous, et les fervents des arbres généalogiques n'arrivent jamais au premier maillon de la chaîne.
L'enfant qui naît aujourd'hui de Marie est celui qui est source de toute existence, présent et actif en tout ce qui est, depuis toujours : "Au commencement il y a le Verbe". Cette Parole créatrice, toujours ancienne et toujours nouvelle, apparaît aujourd'hui dans le temps. Voici "Dieu avec nous". Il l'est depuis la fondation du monde mais implicite, caché en tout ce qui est. Le voici maintenant "fait chair", révélé à nos yeux et devenu audible pour nos oreilles. Celui qui est présent en tout depuis toujours est devenu "celui-là", en un temps déterminé qui accomplit tous les temps. En lui Dieu "fait surface" et vient nous appeler pour nous rassembler. Alors nous deviendrons ensemble son nouveau corps, sa visibilité aux yeux du monde. Ainsi, il sera avec nous pour toujours "jusqu'à la fin du monde".
La parole d'amour qui nous fait exister se remet entre nos mains. Nous avons la possibilité de la faire vivre ou de la faire mourir. Réduire au silence cette parole qui nous fonde revient évidemment à choisir notre propre mort, notre destruction.(...)
En attendant, voici le Verbe sans parole intelligible. (...) Il ne joue pas à être enfant, il est réellement enfant : "Il s'est fait chair". La toute-puissance est assez puissante pour se faire toute-faiblesse. Tout l'univers créé par lui se réduit pour l'instant à ces deux visages qu'il entrevoit, confusément, penchés sur lui. Dieu nous donne de lui donner, de le faire vivre en nous et entre nous ou de le faire mourir. C'est librement que nous pouvons nous faire image et ressemblance de celui qui, en cet enfant, se fait totalement semblable à nous.
Nous aussi nous sommes fils de Dieu, image et ressemblance de celui qui nous fait être. Chaque fois qu'un enfant vient au monde, le monde est en quelque sorte recréé. Mais nous ne sommes pas fils à côté de Jésus, en plus de lui, nous sommes fils en lui. Ne sommes-nous pas incarnation de la Parole qui nous appelle à l'existence ? C'est bien pour cela que nous finissons par être, tous ensemble, le Corps du Christ et que nous pouvons considérer tous ceux que nous rencontrons comme sa présence. (...) Comme lui, nous devrons accepter de recevoir des autres ce qui nous permet d'exister, et aussi de nous donner à eux pour les faire vivre. (...) Pour l'instant, laissons-nous envahir par la joie : Dieu nous est donné. Ouvrons-nous pour l'accueillir.

Père Marcel Domergue, jésuite,
Croire.com

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