Frère Silouane (moine du Mont-Athos, XXe siècle) écrit : «Le but de tout notre combat, c'est de trouver l'humilité». Pourquoi ? Parce que l'humilité n'est pas à confondre avec l'humiliation, qui est perverse et destructrice ; elle est la vérité et la justesse humaines et spirituelles dont toute personne a soif. Le Carême est un temps qui nous appelle à marcher sur le chemin de l'humilité, qui est aussi chemin d'écoute de ce que l'Esprit de Dieu nous dit en conscience, de ce vers quoi Il nous pousse, en parole et en acte, au-dedans de nous et entre nous. Frère Silouane ajoute : «Si nous ne sommes pas humbles devant nos frères, ne leur sommes pas obéissants dans des affaires toujours plus ou moins secondaires, comment serions-nous humbles devant Dieu et Lui obéirions-nous ?» Cette victoire est tout un chemin, mais elle est toujours possible et à notre portée si nous nous y exerçons au quotidien, car l'Esprit Saint habite en nous et nous donne peu à peu la force et le discernement pour avancer et vaincre les «pensées».
À nous de Lui demander ! Nous sommes responsables de la demande, dans le quotidien comme avec Dieu. Dieu peut agir, mais pas sans nous. Saint Benoît nous dit qu'il faut apprendre à ajuster nos demandes, à consentir à me poser la question : d'où me vient telle demande ? qu'est-ce qui est touché en moi derrière la demande que je fais ? Ce consentement est humilité. Le Carême nous appelle à jeûner de fausses demandes.
(...)
En fait, le Carême exige de nous une décision intérieure de vivre au niveau de notre cœur profond. Alors nous pourrons regarder, écouter les autres, leur parler et leur tendre la main en vérité ; nous pourrons incarner notre foi. Nous sommes appelés à vivre notre foi dans notre cœur et dans notre chair. C'est cela, le Mystère de Pâques. Se repentir, c'est se mettre en route vers le Seigneur en allant vers notre Désir profond et en même temps vers les autres. «Écoute et accomplis et tu parviendras!», dit saint Benoît. Ce voyage est un pèlerinage accompli dans le cœur et dans le corps.
Publié par croire.com le 20 février 2014 (extraits)
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En ce moment, dans le métro, une affiche fait la publicité d’un
composant alimentaire. Avec ce produit, dit-elle, « le
chef c’est vous ». Evidemment, cela flatte l’ « ego » à plusieurs titres. Chef cuisinier grâce à un ingrédient de qualité
! Mais aussi, celui qui prend la maîtrise
de la situation, alors que l’on se sent tellement balloté par tant de
contingences, le plus souvent !
(...) Ici m’est venu à
l’esprit ce désir que nous avons de maîtriser notre existence, d’avoir une responsabilité
reconnue marquée par un certain pouvoir
dans une recherche d’autonomie. Sur quoi ai-je prise, nous demandons-nous parfois tout en étant très critique des jeux de pouvoir qui nous semblent si scandaleux dans la
vie politique, dans le fonctionnement des associations aux objectifs pourtant
si admirables et dans les entreprises elles-mêmes. (...)
(...)
Etre le chef ! Devenir grand ! Etre reconnu ! Maîtriser
notre existence et parfois celle des autres ! Avoir la reconnaissance qui va
avec ! Cela habite parfois nos désirs. Cela peut aussi motiver nos inquiétudes
de perdre ce que nous avons acquis en cela. La grandeur n’est-elle
pas la normale présence à
un monde où chacun a sa place et où l’on progresse dans l’amitié
de Dieu ? Ainsi nous pourrons mutuellement nous dire
"Tu es un chef !" (...)
Fr. Philippe Jaillot, o.p.
"Le Jour du Seigneur" , newsletter 28/02/2014: "C'est qui le chef?"

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