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| Grotte de la Portioncule, Assise, -I |
Ce que Saint François a compris, ce qu'il a découvert, c'est que nous n'avons qu'un seul Père avec tout ce qui existe. Quelle amplitude aussitôt il donne à la famille oecuménique ! Nous sommes frères non seulement de l'homme, notre prochain, et du musulman, du Turc, du Juif, du Noir, du Jaune, du sauvage, de l'idiot, des pécheurs les plus corrompus ! et non seulement du loup, qu'il pprivoise à Gubbio; et non seulement des arbres, des oiseaux et des fleurs; mais nous sommes en outre frères du soleil hilare, de la lune mystérieuse, de l'eau "chaste", du feu clair et pointu, et nous irons jusqu'à décerner à la mort le nom de soeur, pour clore le Cantique des créatures.
Il y a là une conscience de la fraternité universelle que nul, avant lui, n'avait menée si loin. Ce sentiment du Père commun ne tolère pas de bornes pour François et le ciel étoilé ne le démentira pas.
Mais il faut ajouter qu'une telle conviction ne va pas sans une autre science, à laquelle la théologie rattache le don des larmes: François sait que tous, de bas en haut, nous avons également une origine commune et que les êtres animés ou les créatures inanimées lui sont redevables de cette part qui les distingue éternellement de Dieu. est-ce la matière ? On serait tenté de répondre oui. Mais il y a les anges qui sont de purs esprits, et françois est bien placé pour savoir qu'ils exsistent. Sont-ils nés, eux aussi, de la matière ? Cette mère de tout ce qui n'est pas Dieu et dont nous sommes, par la volonté de Dieu tous issus, et que la materia prima désigne cet abîme dont nous avons tous été tirés, qui et quoi que nous soyons, le petit Pauvre l'a appris de la bouche de l'humilité, c'est le néant. Il ne nous fait pas moins frères les uns des autres, dans l'univers total, spirituel et corporel, que cette paternité divine qui nous a fait passer de ce néant à l'être en nous appelant de rien à l'existence.
Qui, avant saint François, l'avait senti si profondément ?
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Saint François nous a donné une double leçon.
Primo: que la joie est de passer du non-être à l'être, et à quel être: celui qui est tendu vers l'éternité; et sa perfection est de faire sortir le plus totalement l'être de chaque homme de son égoïsme foncier, car la joie a besoin de se répandre, d'irradier.
Secondo: que la tristesse, l'orgueil et son amertume, le dégoût de vivre, est le retour à ce qui sépare, à ce qui dissocie, à ce qui tue le Christ en nous, à cette méchanceté du péché mortel qui consiste pour l'âme à regretter ce non-être où l'amour n'était pas.
Stanislas Fumet, (1896-1983) journaliste, biographe
in"François d'Assise - Sur les traces du Poverello" Desclée, de Brouwer, [1952]

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