11 juin 2018

LE VÊTEMENT DE LA TRADITION



La foi de l’Église repose sur le témoignage des Apôtres qui ont vécu avec Jésus, qui l’ont vu mourir et qui l’ont contemplé et touché vivant après la mort. (...) Nous ne pouvons pas parler en un autre nom que le leur. Entre les Apôtres et chaque chrétien, il y a donc un lien insécable. C’est, je crois, ce que nous appelons la « Tradition ». La bonne nouvelle de la résurrection de Jésus Christ qui est source d’une joie incomparable, la foi dans l’amour de Dieu plus fort que la mort et l’espérance de la vie nouvelle constituent le germe initial de la Tradition, le « dépôt qui rajeunit », selon saint Irénée, et qui rajeunit aussi le vase qui le porte. Ce message n’est pas strictement scriptural [dans les Écritures] et s’exprime également en symboles liturgiques, en signes palpables capables de rendre tangibles les réalités spirituelles. Ceux-ci sont le vase qui contient le « breuvage de la vérité ». Les usages rituels, les modes vestimentaires, les règles alimentaires, les langues, les calendriers, les architectures liturgiques, et même les règles disciplinaires ne sont pas le corps de la Tradition apostolique, mais son vêtement. Un vêtement nécessaire, puisque le Verbe s’est fait chair et a revêtu notre nature ; un vêtement destiné à rendre visible l’invisible, mais un vêtement souple, un vêtement qui n’est pas figé. Etre fidèle à la Tradition ne signifie donc pas conserver scrupuleusement les moindres détails de ces costumes, mais garder et transmettre le témoignage des Apôtres, leur foi et leur espérance, se laisser habiter par le même Esprit. 

Alexandre Siniakov, prêtre de l’Église orthodoxe russe, fondateur et actuel directeur du séminaire du patriarcat de Moscou en région parisienne.
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