22 janvier 2016

MISÉRICORDE ET JUSTICE






La miséricorde, c’est se laisser toucher par le malheur d’autrui et agir en conséquence. Rien à voir avec un sentiment vague ou une mièvrerie affective ! La miséricorde nous saisit aux tripes, comme l’indique l’étymologie du mot grec qu’on traduit souvent par compassion. Elle nous bouleverse de l’intérieur. (...)
Dans les évangiles, le Christ nous dit : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 36) ; « Va, et toi aussi, fais de même » (Lc 10, 37), « Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes, nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous » (Luc 11, 2-4). (...) Ouvre nos yeux à toute détresse, inspire-nous la parole et le geste qui conviennent pour soutenir notre prochain dans la peine ou dans l’épreuve ; donne-nous de le servir avec un coeur sincère selon l’exemple et la parole du Christ lui-même. 
Le pape François a indiqué la direction: « La chose dont a le plus besoin l’Église aujourd’hui, disait-il, c’est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer le coeur des fidèles, la proximité, la convivialité. Je vois l’Église comme un hôpital de campagne après une bataille. (…) Nous devons soigner les blessures. Ensuite nous pourrons aborder le reste. » Le cardinal Schönborn dit que l’Église doit avoir « le regard du bon berger », c’est-à- dire un regard empreint d’indulgence, de patience, de tendresse. 
À trop insister sur la miséricorde, on oublierait la justice et la vérité…, l’équilibre n’est pas aisé à trouver... Le laxisme, ce n’est pas de la miséricorde ! Et rappeler uniquement la loi, c’est tomber dans le rigorisme. [Nous devons] accompagner les gens là où ils en sont, puis expliquer en quoi certains chemins mènent dans l’impasse, et donner des repères, enfin accompagner les personnes au point où elles en sont pour leur permettre de prendre leur propre décision (en renonçant ainsi à la prendre à leur place). C’est une attitude, un regard qui ne voit pas d’abord dans l’autre un pécheur, quelqu’un qui n’est pas en règle. C’est un regard qui contemple d’abord tout ce qu’il y a de bon et de beau dans sa vie pour l’amener à grandir. 
(...) François souhaite que tout le monde puisse répondre à l’idéal de l’Évangile et à ses exigences, mais il sait ce que cela suppose d’ouverture, d’humilité et de patience. Le risque est d’oublier que la vie chrétienne se déroule dans le temps. Oublier le temps serait immoral, car la pédagogie même de Dieu, c’est sa patience. Dieu s’est révélé par étapes. Il prend les hommes où ils en sont pour les faire grandir et les mener progressivement jusqu’à la plénitude. À nous de l’imiter !

Alain Thomasset, jésuite, professeur de théologie morale au Centre Sèvres. 
in "Les vertus sociales", éditions Lessius, 2015
croire.com

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« Lève-toi », « Étends la main ». Nous aussi nous avons quelque fois une main un peu desséchée qui oublie de faire le bien, ou un cœur qui s’endurcit dans ses jugements. Jésus veut nous guérir, mais il faut tendre cette main, ouvrir notre cœur. Quand il demande aux pharisiens si on peut faire le bien et sauver le jour du sabbat, il signifie que cette guérison corporelle a un effet encore plus grand sur l’âme. Elle est elle-même guérie et sauvée par ce geste d’amour qui pénètre au plus profond. Il l’a fait un jour de sabbat, il n’y a pas de limites pour faire le bien, ne mettons pas de limites non plus à l’action que Jésus veut faire en nous.
Seigneur notre Dieu, les lois que tu nous donnes ne cherchent pas à écraser l'homme mais à l'épanouir en vérité. Garde-nous du légalisme qui fait passer le précepte avant la miséricorde, et accorde-nous de vivre pleinement dans la liberté de ton Esprit. 

Extrait de la méditation écrite par Gaëtane Auger, consacrée de Regnum Christi
catholique.org 20/01/2016

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