Dans les récents débats sur le mariage pour tous, beaucoup ont vu dans la position de l'Eglise une condamnation de l'homosexualité.
(...) Dans les Evangiles, Jésus ne parle jamais de beaucoup de choses. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'est pas attentif aux personnes homosexuelles de son temps, et il en a certainement rencontré. Que les Evangiles le passent sous silence est difficile à interpréter, parce qu'en soulignant un silence, on risque d'y glisser son propre regard, ses propres questions, sa contestation ou son accord sur la question, implicite ou explicite. Interpréter un silence, c'est une habileté rhétorique.
(...) Il n'est pas facile d'être chrétien, il n'est pas facile d'être homosexuel, et il n'est pas facile d'être les deux. Le christianisme est une sagesse de vie et une espérance qui tient un propos sur tous les domaines de l'existence. Il n'est pas facile d'être un homme et une femme mariés ensemble et d'être chrétien, et en même temps c'est une aide. L'homosexualité est condamnée dans beaucoup de traditions religieuses, et, encore récemment, la médecine la considérait comme une maladie et les Etats comme un crime passible d'une peine de prison. Nos sociétés ont donc encore une grande réflexion à mener sur cette question. Aujourd'hui, l'homosexualité fascine, on en parle beaucoup trop, ce qui est sans doute le signe d'un déséquilibre de notre vie psychique. L'être humain du XXe siècle, qui est forcément né d'un homme et d'une femme, porte en lui, quels que soient son sexe et son genre, la trace de l'autre sexe et de l'autre genre, il porte en lui une forme de bisexualité psychique. Devant une question aussi médiatisée, qui est devenue un combat politique, chacun est ramené à du rationnel, mais aussi à de l'affectif, voire à de l'inconscient. Nous ne sommes pas les meilleurs lecteurs de la Bible, de ce point de vue, mais nous devons le faire.
(...) Ce que dit la tradition chrétienne, c'est que comme acte, l'homosexualité n'est pas ordonnée à l'accomplissement des personnes. Il y a un nombre non négligeable d'hommes et de femmes qui se reconnaissent homosexuels et pratiquent l'homosexualité. C'est un nombre minoritaire, 3 % de la population je crois, cela concerne tout de même un nombre important de personnes qui vivent une difficulté qui peut devenir une jouissance et une joie d'accomplissement. C'est ce que l'Église condamne au sens moral, mais l'Eglise ne fait pas que de la morale. Elle dit que l'acte lui-même, moralement, n'est pas ajusté. Elle ne condamne pas les personnes.
L'Eglise a le droit de former un jugement moral négatif, elle a des valeurs à défendre, mais ce qu'on lui demande d'abord, ce n'est pas de veiller à la morale, c'est d'accompagner les personnes. L'Eglise regarde avec amour ceux qui accueillent avec compassion les personnes homosexuelles. Une personne homosexuelle est liée à son comportement, elle pose des actes homosexuels. (...)
Dans le cas de l'homosexualité comme pour beaucoup de fautes morales, il peut y avoir des circonstances où l'acte blesse fortement le rapport entre l'homme et sa fin éternelle. Mais il y a des cas où une relation homosexuelle peut être un chemin de sainteté. Une personne peut avancer vers la sainteté tout en posant des actes qui sont des péchés, parce que pour elle, peut-être qu'ils ne le sont pas. Si la personne ne comprend pas qu'il y a faute, dans la morale catholique, curieusement, c'est une circonstance atténuante.
(...)
Antoine Guggenheim, directeur du pôle Recherche du Collège des Bernardins, Paris
Extraits de l'interview "Mille questions à la foi", sur Radio Notre-Dame.
croire.com
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Telle est la difficulté de nos jours. Il ne s'agit plus seulement, pour les apôtres, de faire des miracles, mais de rappeler des évidences premières: que la femme est une femme et l'homme un homme; que le mariage est d'un homme et d'une femme; que l'enfant naît d'un père et d'une mère; que les vaches ne sont pas carnivores; que le donné naturel n'est pas une construction conventionnelle; que l'être n'est pas le néant... Rappeler ces évidences est plus difficile que la science, plus difficile que le miracle même. Car l'évidence première n'est pas spectaculaire comme le miracle, et elle ne peut pas se démontrer comme les conclusions d'une science. Si bien qu'on se retrouve à expliquer, avec un certain ridicule - surtout au milieu de l'incendie ou du déluge - que le feu brûle ou que l'eau mouille.
Fabrice Hadjadj, philosophe catholique,
in " L'aubaine d'être né en ce temps", éd. de l'Emmanuel
famillechretienne.fr
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Telle est la difficulté de nos jours. Il ne s'agit plus seulement, pour les apôtres, de faire des miracles, mais de rappeler des évidences premières: que la femme est une femme et l'homme un homme; que le mariage est d'un homme et d'une femme; que l'enfant naît d'un père et d'une mère; que les vaches ne sont pas carnivores; que le donné naturel n'est pas une construction conventionnelle; que l'être n'est pas le néant... Rappeler ces évidences est plus difficile que la science, plus difficile que le miracle même. Car l'évidence première n'est pas spectaculaire comme le miracle, et elle ne peut pas se démontrer comme les conclusions d'une science. Si bien qu'on se retrouve à expliquer, avec un certain ridicule - surtout au milieu de l'incendie ou du déluge - que le feu brûle ou que l'eau mouille.
Fabrice Hadjadj, philosophe catholique,
in " L'aubaine d'être né en ce temps", éd. de l'Emmanuel
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