6 janvier 2015

ICÔNE DE LA BEAUTÉ CACHÉE



Image "Pèlerin" magazine


« À moins de regarder une personne et de voir la beauté en elle, nous ne pouvons l’aider en rien. On n’aide pas une personne en isolant ce qui ne va pas chez elle, ce qui est laid, ce qui est déformé.
Le Christ regardait toutes les personnes qu’il rencontrait : la prostituée, le voleur et voyait la beauté cachée chez eux. C’était peut-être une beauté déformée, abîmée, mais elle était néanmoins beauté et Il faisait en sorte que cette beauté rejaillisse.
C’est ce que nous devons apprendre à faire envers les autres.
Mais pour y parvenir, il nous faut avant tout avoir un cœur pur, des intentions pures, l’esprit ouvert, ce qui n’est pas toujours le cas… afin de pouvoir écouter, regarder, et voir la beauté cachée.
Chacun de nous est à l’image de Dieu, et chacun de nous est semblable à une icône endommagée.
Mais si l’on nous donnait une icône endommagée par le temps,
par les événements ou profanée par la haine de l’homme,
nous la traiterions avec tendresse, avec révérence, le cœur brisé.
Peu nous importerait qu’elle soit abîmée ;
c’est au malheur qu’elle soit abîmée que nous serions sensibles.
C’est à ce qui reste de sa beauté, et non à ce qui en est perdu,
que nous attacherions de l’importance.
C’est ainsi que nous devons apprendre à réagir envers chacun… »

Anthony Bloom, moine orthodoxe
petitessoeursjesus.catholique.fr

*****

La santé, qu’il faut entendre comme Arthur Rimbaud la proposait dans son idéal – la santé essentielle, [c'est] autant dire l’attention extrême au monde par tous ses sens, aiguisés dans le déploiement de leurs pouvoirs. La vue, pour regarder autour de soi, recevoir la beauté de l’univers et s’en réjouir mais aussi observer les visages, les sourires, les mouvements des autres vers nous, fussent-ils imperceptibles, qu’il s’agisse d’appels au secours ou d’appels au partage et à la joie. La santé de la vue s’entretient comme celle du corps en général. Cette gymnastique oblige à chercher dans chaque manifestation sa vérité originelle, et donc à nous débarrasser de tous les a-priori qui dévient notre jugement – et de tous les préjugés qui jettent l’ombre dans la lumière. C’est un exercice, comme la marche ou la natation, que de regarder au-delà des préjugés et des conventions pour toujours voir selon les élans de notre coeur quels que soient les dictats qu’imposent les médias ou le prêt à penser.  Qu’est-ce qui est vrai dans ce que nous voyons ?
L’exercice est le même pour l’ouïe, qu’il convient de mettre à l’épreuve dans le silence le plus pur possible, puis d’exercer pour percevoir le murmure le plus ténu, la musique la plus intime, le rythme du coeur de ceux qui nous entourent. Ecouter pour entendre ce qui sonne juste.
(...)

Christiane Rancé, écrivain
blog "Pollen" 04/01/2015 (extrait)
croire.com

*****

Avec Jésus, nous naissons tous à Bethléem, et notre histoire unique et personnelle est une histoire d’amour unique et personnelle entre Dieu et nous, entre Lui et moi. Seule la longue patience de son amour me permet de connaître qui je suis grâce à celui qui est en face de moi, et qui se tient au milieu de nous. Le voir, le deviner, le reconnaître et l’aimer. Arrive la déchirure du renoncement, le moment où le témoin visible s’efface pour laisser son témoignage prendre chair en moi, vivre, s’épanouir dans la solitude, présence dans l’absence.
Non, je ne suis pas digne de défaire la courroie de sa sandale. Mais n’est-ce pas mon indignité, mon indigence qui attire sur moi la sollicitude, la miséricorde, la tendresse infinie de celui qui vient, qui est déjà là, caché derrière le témoin que je vois, que je suis, que je deviens ?


Marie-Thérèse Kieffer 
Strasbourg
Avent dans la Ville (extrait de méditation)

*****

Nous ne pouvons pas être heureux tant que nous n'abattons pas les murailles autour de notre "moi", tant que nous ne nous ouvrons pas au mystère des autres, l'autre et l'Autre.
La vérité est un mystère impénétrable au coeur de chaque être humain que nous rencontrons : épouse, mari, enfants,voisins...Toujours, il y a davantage en eux que ce qu'on peut percevoir à un moment donné. Nous ne pouvons donc jamais lier définitivement quelqu'un à l'instant présent.
Nous ne pouvons pas être heureux non plus si nous ne parvenons pas à lire en profondeur les événements passés et présents de notre existence. Dieu est présent dans notre existence : il n'y a pas une de ses péripéties où il n'ait eu son dessein, où il n'ait voulu nous dire quelque chose.
Il est encore temps aujourd'hui de le découvrir. (...) Il y a parfois autre chose à attendre de l'avenir que ce que nous pressentons maintenant, mais c'est toujours davantage. C'est parce que nous espérons bien peu de chose, que Dieu ne peut nous donner que si peu : impossible en effet de nourrir quelqu'un qui n'a pas faim.

Cardinal Godfried Daneels, archevêque émérite de Malines-Bruxelles. Extrait de "Devenir des hommes nouveaux", éd. Centurion-Duculot

*****

(...)
Tant d’hommes et de femmes, autour de nous, ne voient pas la lumière de Dieu, qui pourtant baigne le monde de sa clarté. Il est heureux de savoir que des jours viendront où l’évidence de Dieu nous crèvera les yeux.
Mais comment la regarder en face, cette évidence de Dieu, sans nous brûler les yeux ? Nous n’y sommes guère habitués et préférons le plus souvent, comme les oiseaux de nuit que la lumière du jour blesse, vivre dans l’obscurité, enfermant Dieu dans les églises, loin de notre vie de tous les jours. N’ayons pas peur, pourtant : si notre œil est défectueux, c’est faute d’habitude. Exerçons-nous à le regarder autour de nous, à l’œuvre dans la vie de ceux qui nous entourent, travaillant dans notre propre cœur ; prenons fréquemment un bain de soleil par une prière sous son regard ; habituons-nous à reconnaître ses traits en les contemplant dans l’évangile. Alors peu à peu, nous nous accoutumerons si bien à sa présence que les mille soleils de la splendeur de Dieu, loin de nous aveugler, rempliront notre prunelle d’un éclat d’éternité joyeuse.

Frère Adrien Candiard, dominicain
couvent du Caire
Avent dans la Ville (extrait de méditation)

Aucun commentaire: