Contre vents et marées, au long de l'Histoire, l'Église refait le geste de Jésus. Elle lutte contre l'amnésie. Messes des catacombes et des camps de la mort: d'où vient que les croyants aient pris tant de risques pour célébrer l'Eucharistie ? Comme si, dans la célébration du repas du Seigneur se jouait quelque chose de vital pour les hommes et Dieu.
Dans la multiplication des pains, Jésus se montre tel qu'il est: un homme de Dieu qui refuse la loi des plus forts: "Renvoie-les, qu'ils aillent dans les villages environnants s'acheter à manger." Ceux qui ont trouveront... et ceux qui n'ont rien?
Multiplication des pains. C'est un feu qui se propage, une extraordinaire contagion du partage. À la suite de Jésus, ils sont des milliers à apprendre à donner le peu qu'ils ont. Cinq pains et deux poissons. Ils apprennent à distribuer à tous. Ils sont comme délivrés de leurs égoïsmes, des verrous de leur garde-manger. C'est lui, Jésus, qui se donne dans ce geste. Nourriture, il se donne dans la force de l'amour qui ressuscite. L'Eucharistie, c'est alors pour l'Église et pour chacun comme un lieu de naissance. (...) De lui nous apprenons à naître à l'homme nouveau. C'est pourquoi l'Eucharistie n'est pas qu'un rite, c'est une nouvelle manière d'être homme, à l'image du Christ qui partage les pains.
Mgr Laurent Le Boulc'h, évêque de Coutances et Avranches
in Pèlerin, 31/07/2014
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Jésus a montré par sa vie que le service envers les autres et la compassion sont une lutte contre les forces du mal : le mensonge, l’hypocrisie, la vengeance, les préjugés. Il prend lui-même la place du serviteur en lavant les pieds de ses disciples : « Il prendra la tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun à son tour » (Luc 12, 37). (...)
Disposer son coeur à l'indifférence aux injustices que subissent les autres, c'est refuser de voir que Dieu est Amour. La parabole du bon Samaritain où l’étranger se fait proche de l’homme blessé (Luc 10, 25-37) illustre cette compassion divine. On croit en Dieu en l’aimant, on le trouve en le servant dans le plus démuni. « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Matthieu 25, 40)
Cette parole qui a tant séduit Mère Teresa nous révèle que celui qui a faim, qui est nu, étranger et en prison, c’est le « Je Suis » de l’Ancien Testament révélé en Jésus. Elle écrit : « Jésus s’est fait pain de vie pour satisfaire notre faim de Dieu, puis il s’est converti en l’affamé pour que nous puissions satisfaire sa faim. » L’engagement chrétien est le fruit de la rencontre profonde de ces deux faims.
Jacques Gauthier, théologien canadien
Paru au Canada dans le Prions en Église du 13 juillet 2014, p. 35-36.
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