Tous les chrétiens sont consacrés au Christ par leur baptême, et tous veulent que leur vie ressemble à la sienne grâce aux conseils évangéliques : le sens de la pauvreté et de la simplicité ; le souci de la chasteté dans un amour qui respecte les autres ; le sens de l’obéissance qui nous fait accueillir ce que réserve l’existence. Mais, depuis l’intuition des premiers moines qui se retirèrent dans le désert d’Egypte au IIIe siècle, des hommes et des femmes consacrent leur vie de manière radicale pour rappeler que le Christ vaut plus que tout dans l’existence du croyant. Saint Thomas d’Aquin a marqué l’Eglise en tant que théologien et philosophe. Mais il est d’abord un religieux. On raconte que lorsqu’il priait à Naples, devant une grande peinture du Christ en croix, il entendit Jésus lui dire : « Tu as bien parlé de moi, Thomas. Quelle récompense désires-tu ? » Et Thomas lui répondit : « Rien d’autre que toi, Seigneur ». Réponse qui correspond bien au désir profond des religieux et des religieuses, moines et moniales et tous les consacrés. Mais réponse qui se veut contagieuse pour tous les chrétiens !
Ceci étant, je pensais aux inquiétudes de bon nombre d’instituts religieux qui ne voient plus guère entrer de jeunes frères et de jeunes sœurs. Je pensais à l’image que l’on a d’eux, trop souvent : usure, embourgeoisement, distance par rapport à la réalité. Je pensais aussi à l’attente de bien des gens à leur égard : radicalité, écoute, feu sacré, espérance, visages heureux et prière. C’est ce qui est attendu des religieux. Et ceux qui apprennent à nous connaître mieux comprennent que le Christ est la source de notre vie : « Rien d’autre que toi, Seigneur ! ». Je sais que beaucoup attendent des religieux qu’ils soient « irréductibles ». Ce qui est irréductible, dans la vie religieuse, c’est le Christ et c’est lui qui nous façonne à partir de nos fragilités. Le monde attend aussi que les religieux « résistent encore et toujours à l’envahisseur ». C’est un témoignage de combat spirituel qui est recherché. Et, revers de la médaille, le témoignage d’une capacité de miséricorde. Nos prétentions et nos intérêts propres sont souvent notre premier envahisseur ! Ensuite, notre deuxième envahisseur en ce monde, c'est ce qui s’oppose à la vie digne et féconde.
Frère Philippe Jaillot
blog du Jour du Seigneur

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