Le mot "grâce" est un mot compliqué. En grec, le mot charis est proche de chara qui
signifie la joie. La grâce, c'est gratuit, c'est un cadeau, c'est
heureux et joyeux.Quand on parle de la
grâce de Dieu, on parle d'un cadeau de Dieu
qui n'est autre que lui-même.
C'est lui qui se donne, et c'est sa nature même de se donner. La grâce, c'est Dieu qui se donne dans nos vies.On croit que c'est
compliqué parce que beaucoup de théologiens ont disséqué
la grâce dans tous les sens, mais c'est d'abord
cela : Dieu choisit de faire de l'homme sa maison, et c'est gratuit, sans
condition aucune.
Si on voulait
disséquer un peu la grâce on pourrait dire que c'est d'abord le don que
Dieu fait de lui-même, et
ensuite le don que nous avons à recevoir
chaque jour. Comme si Dieu tenait toujours sa porte ouverte, tandis que la nôtre est parfois fermée. Alors Dieu vient frapper, et à nous d'ouvrir ou non. C'est pourquoi il faut
toujours associer, et non opposer, grâce et liberté.
On entend parfois des
personnes dire que dans leur vie elles ont eu beaucoup de grâces. Cela veut dire peut-être qu'elles reconnaissent la trace de
Dieu dans leur existence en de multiples occasions. C'est évident qu'il y a des gens plus sensibles que
d'autres, mais chacun d'entre nous peut repérer dans son existence des moments où il était présent à lui-même, présent aux autres, présent à Dieu,
et ce sont de vrais cadeaux, des moments de bonheur.
(...) Je pense que le don
de Dieu est pour tous. Ceux qui en ont le plus besoin sont les plus petits, les
plus abîmés par l'existence. Il ne faut jamais dissocier la
question de la grâce de celle de l'énigme du malheur. On ne peut pas dire pourquoi
certains ont une existence plus difficile que d'autres. Mais on peut dire que
le Christ vient partager une existence difficile pour être aux côtés de ceux qui ont une existence difficile.
(...)La présence de Dieu à nos côtés, c'est la présence des gens qu'on aime ! Dieu n'existe de manière sensible que dans nos relations, ici et
maintenant. Avoir une certaine qualité
de présence avec ceux qu'on aime, que ce soit
dans la douleur ou dans la joie, c'est le don premier de Dieu. Si on a une vie
facile, un bon travail, de beaux enfants, dans un pays calme, alors remercions
Dieu, et prêtons
attention à ceux
qui ne sont pas dans notre cas.
La première des grâces, c'est la qualité de la relation à l'autre
et c'est le plus important de la vie chrétienne. Si Dieu choisit de faire de
l'homme sa maison, c'est la relation entre nous qui est le lieu de sa présence.Ce cadeau se cultive parce notre liberté, c'est de mettre en œuvre ou pas ce cadeau que nous avons reçu, et d'en faire ou pas quelque chose. C'est la
parabole des talents : celui qui est allé
enterrer son talent se fait
taper sur le doigts par le maître quand il rentre. Ces talents que nous
avons en nous, notre capacité à entrer
en relations avec les autres, à nous
de la faire fructifier. Et là encore
il ne faut pas opposer la grâce et la liberté, parce que plus nous sommes dans la présence de Dieu, plus nous sommes libres. Plus nous
sommes dans la grâce, plus nous sommes nous-mêmes. Plus on est soi-même, plus on est présent à ce
monde, aux autres, capable d'avoir une maison ouverte, hospitalière, de pouvoir servir
d'appui à ceux
qui ont une vie plus difficile, etc. Et là, Dieu est présent.
Anne Lécu, dominicaine, théologienne, médecin de prison, répond aux questions de Sophie de Villeneuve dans l'émission "Mille questions à la foi" sur Radio
Notre-Dame.



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