7 février 2014

LA GRÂCE, TRACE DE DIEU DANS NOS VIES







Le mot "grâce" est un mot compliqué. En grec, le mot charis est proche de chara qui signifie la joie. La grâce, c'est gratuit, c'est un cadeau, c'est heureux et joyeux.Quand on parle de la grâce de Dieu, on parle d'un cadeau de Dieu qui n'est autre que lui-même. C'est lui qui se donne, et c'est sa nature même de se donner. La grâce, c'est Dieu qui se donne dans nos vies.On croit que c'est compliqué parce que beaucoup de théologiens ont disséqué la grâce dans tous les sens, mais c'est d'abord cela : Dieu choisit de faire de l'homme sa maison, et c'est gratuit, sans condition aucune.

Si on voulait disséquer un peu la grâce on pourrait dire que c'est d'abord le don que Dieu fait de lui-même, et ensuite le don que nous avons à recevoir chaque jour. Comme si Dieu tenait toujours sa porte ouverte, tandis que la nôtre est parfois fermée. Alors Dieu vient frapper, et à nous d'ouvrir ou non. C'est pourquoi il faut toujours associer, et non opposer, grâce et liberté.

On entend parfois des personnes dire que dans leur vie elles ont eu beaucoup de grâces. Cela veut dire peut-être qu'elles reconnaissent la trace de Dieu dans leur existence en de multiples occasions. C'est évident qu'il y a des gens plus sensibles que d'autres, mais chacun d'entre nous peut repérer dans son existence des moments où il était présent à lui-même, présent aux autres, présent à Dieu, et ce sont de vrais cadeaux, des moments de bonheur.

(...) Je pense que le don de Dieu est pour tous. Ceux qui en ont le plus besoin sont les plus petits, les plus abîmés par l'existence. Il ne faut jamais dissocier la question de la grâce de celle de l'énigme du malheur. On ne peut pas dire pourquoi certains ont une existence plus difficile que d'autres. Mais on peut dire que le Christ vient partager une existence difficile pour être aux côtés de ceux qui ont une existence difficile.

(...)La présence de Dieu à nos côtés, c'est la présence des gens qu'on aime ! Dieu n'existe de manière sensible que dans nos relations, ici et maintenant. Avoir une certaine qualité de présence avec ceux qu'on aime, que ce soit dans la douleur ou dans la joie, c'est le don premier de Dieu. Si on a une vie facile, un bon travail, de beaux enfants, dans un pays calme, alors remercions Dieu, et prêtons attention à ceux qui ne sont pas dans notre cas.

La première des grâces, c'est la qualité de la relation à l'autre et c'est le plus important de la vie chrétienne. Si Dieu choisit de faire de l'homme sa maison, c'est la relation entre nous qui est le lieu de sa présence.Ce cadeau se cultive parce notre liberté, c'est de mettre en œuvre ou pas ce cadeau que nous avons reçu, et d'en faire ou pas quelque chose. C'est la parabole des talents : celui qui est allé enterrer son talent se fait taper sur le doigts par le maître quand il rentre. Ces talents que nous avons en nous, notre capacité à entrer en relations avec les autres, à nous de la faire fructifier. Et là encore il ne faut pas opposer la grâce et la liberté, parce que plus nous sommes dans la présence de Dieu, plus nous sommes libres. Plus nous sommes dans la grâce, plus nous sommes nous-mêmes. Plus on est soi-même, plus on est présent à ce monde, aux autres, capable d'avoir une maison ouverte, hospitalière, de pouvoir servir d'appui à ceux qui ont une vie plus difficile, etc. Et là, Dieu est présent.



Anne Lécu, dominicaine, théologienne, médecin de prison, répond aux questions de Sophie de Villeneuve dans l'émission "Mille questions à la foi" sur Radio Notre-Dame.

Aucun commentaire: