[...] La précarité. Ce terme renvoie étymologiquement à ce que l'on obtient par la prière (prex en latin): c'est donc un fruit de la grâce. Mais il indique surtout, désormais, une situation provisoire et fragile.
(...) En tant que chrétiens, nous avons malheureusement refoulé la précarité, en particulier lorsque nous pensons à l'Église. Or, l'Histoire nous enseigne que bien des communautés chrétiennes, même celles qui semblaient solides et influentes, se sont révélées si précaires à un certain moment qu'elles ont disparu. Oui, durant de nombreux siècles, du moins en Europe, l'Église a semblé puissante et pleine de garanties; mais aujourd'hui, voici que les chrétiens sont réduits à une minorité dans un monde indifférent. En vérité, il s'agit là de la situation normale des chrétiens dans le monde. C'est bien plutôt la condition de chrétienté, depuis l'empereur Constantin jusqu'à l'époque moderne, qui était anormale. Selon Jésus, la dynamique du Royaume est celle du levain dans la pâte (Mt. 13,33) et sa communauté est un "petit troupeau" (Luc 12,32): être une réalité moindre ne signifie pas être insignifiant! Être faible et fragile n'équivaut pas à être spirituellement décadent. Bien des communautés pauvres en effectifs, peu visibles, incapables de s'imposer, ont en réalité été des minorités créatives et convaincues, capables de changer le cours de l'Histoire.
Ce qui compte est que les communautés chrétiennes sachent vivre selon l'Évangile, en témoigner, faire par leur vie le récit de Jésus-Christ. La visibilité des chrétiens, si elle est conforme à l'Évangile, sera par elle-même manifeste, sacramentelle, significative. (...) Si l'Église est passée d'une position de force à une situation de fragilité, ne suit-elle pas en cela un chemin évangélique? Paul n'a-t-il pas écrit:" Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort" (2 Co 12,10)?
Enzo Bianchi, fondateur de la communauté oecuménique internationale de Bose-I
in Panorama, février 2014
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