Quand vous priez Dieu, dans quelle direction vous tournez-vous ?
Vous penserez peut-être
que c’est une question bizarre.
En fait, le geste auquel je fais référence est le suivant. Parmi les populations premières d’Amérique
du Nord, les Amérindiens, ceux qui sont devenus chrétiens,
ont réinvesti et christianisé
une coutume. Ils prient Dieu dans les différentes directions autour d’eux. Ils se tournent vers l’est, vers le sud, vers l’ouest et vers le nord, priant ainsi pour les diverses réalités de l’existence
humaine : le froid et la chaleur, la pluie et le vent, la lumière du soleil. Ils s’ouvrent à
toutes les rencontres qui font leur quotidien. Ils
ajoutent aussi la direction du sol, terre nourricière,
exprimant en même temps que nous venons de la terre et que nous y retournons. Ils
complètent enfin avec la direction du ciel, comme le cœur
qui aspire aux réalités spirituelles.
Et je repensais à un
usage de l’Eglise. Traditionnellement, nous prions en nous tournant vers l’est, l’orient. Ce que nous appelons l’orientation de la prière. L’est, c’est le côté
où le soleil se lève, et le lever du soleil évoque la lumière du Christ ressuscité
qui inonde notre monde et dissipe les ténèbres du péché
et de la mort. Nous accueillons le ressuscité, dans notre prière ! L’est, c’est le lieu où Dieu rencontre notre monde. Ainsi
nous le prions pour la vie de notre humanité.
Concrètement, comment cela se passait ? Les églises
étaient traditionnellement orientées. Le chœur était tourné
vers l’est, et le prêtre et toute l’assemblée priaient en direction de l’Orient, ce que je trouve
très significatif car cela aide notre corps à entrer en prière,
et non pas seulement notre esprit. (...)
La direction que nous prenons pour prier, si elle
est surtout cérébrale et intérieure, nous impose de vérifier que notre prière ne se limite pas à
un petit retour sur nous-même.
Sommes-nous bien tournés vers Dieu, le Dieu tout autre qui vient jusqu’à nous
? Est-ce que nous disons vraiment «
tu »
ou «
vous »
à Dieu, dans notre prière
? Est-ce que nous lui parlons vraiment,
en nous disant que nous lui remettons notre vie, que nous attendons quelque
chose de lui et que nous pouvons le remercier ? Est-ce bien une relation de
respect et d’amitié
qui se dessine dans notre contemplation ? Car nous pouvons
vite nous faire illusion, dans notre prière, en parlant plus de
Dieu qu’en parlant véritablement à
Dieu.
La direction physique de la prière, dans la tradition de l’Eglise, nous permet de nous rappeler qu’avoir
la foi, c’est être en relation avec Dieu, un Dieu que nous rencontrons, comme une
personne, et non pas une idée ou une valeur !
Les quatre directions de la prière, chez les Amérindiens, nous permettent de nous redire que notre prière porte nos proches mais aussi ceux qui sont loin. Notre prière se fait attentive aux réalités de l’humanité dans les situations
diverses connues en ce monde. Nous présentons tout cela à Dieu !
Dans ces deux manières
de penser la prière, il s’agit
de se tourner vers Dieu amoureusement et embrasser le monde entier, dans sa
grande largeur, sa hauteur et sa profondeur, pour ne plus se centrer sur soi.
Or, ne plus se centrer sur soi, c’est commencer à
travailler pour l’unité de tous les chrétiens dans leur diversité
et pour le bien de l’humanité
entière dans la pluralité
de ses cultures et de l’histoire
des peuples.
(...)
Fr. Philippe Jaillot
Blog du Jour du Seigneur
Semaine de prière pour l’unité des Chrétiens

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