"Qui veut la paix prépare la guerre." De quelle paix parlons-nous exactement ?
Acceptons de regarder le monde sans fard, le monde ne va pas bien. Les conflits se multiplient, s’enlisent, se répondent. La violence n’est plus une anomalie lointaine mais un horizon crédible. Le mot "guerre" n’est plus tabou. Il réapparaît dans les discours politiques, dans les analyses stratégiques, parfois même dans nos conversations les plus ordinaires.
Dans ce contexte, une formule s’impose comme une évidence prétendument réaliste : si vis pacem, para bellum. "Qui veut la paix prépare la guerre." De quelle paix parlons-nous exactement ? Car la paix ainsi invoquée est souvent une paix minimale, défensive, négative : c’est une paix de gestion, pas une paix de salut. Le mal existe, il se structure, il s’arme. Refuser toute résistance peut livrer les plus faibles à la brutalité des plus forts. Mais on ne peut pas non plus se contenter de baptiser chrétienne une logique qui reste strictement mondaine. Car la paix chrétienne ne naît pas de la capacité à frapper plus fort, mais de la capacité à ne pas rendre le mal pour le mal. L’espérance chrétienne ne promet pas que les conflits disparaîtront. Elle promet que la violence n’aura pas le dernier mot.
Le combat spirituel, aujourd’hui, consiste peut-être d’abord à refuser la fascination pour la force, le discours de la peur, la résignation cynique. Il consiste à ne pas laisser la logique de la guerre coloniser nos esprits avant même d’avoir envahi les territoires. Il consiste à croire — contre toute évidence — que la paix véritable ne se prépare pas seulement par des armes, mais par des cœurs capables de conversion.
P. Clément Barré, prêtre du diocèse de Bordeaux
TRIBUNE : La paix chrétienne qui dérange
fr.aleteia .org 6/1/2026

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