"(...) Paris se trouve ainsi la cible d’un acte d’une absolue barbarie. Notre ville est endeuillée. L’Église de Paris pleure et prie. Je me souviens de Jésus pleurant son ami Lazare. En certaines heures nous sommes sous le choc. Nous éprouvons le besoin de nous taire pour prier. Cet acte peut éveiller en nous un sentiment de colère. Nous ne pouvons laisser l’angoisse nous envahir, encore moins la haine. Le Christ intériorise. Il porte en lui-même les violences des hommes et leurs agressions. Même les pires. Nous aussi, nous gardons le silence parce que nous éprouvons le besoin d’intérioriser. Nous devons sans relâche œuvrer pour l’unité et la paix entre les peuples. »
Mgr Renauld de Dinechin, évêque auxiliaire de Paris
"L'Église de Paris pleure et prie" (extrait)
In « Charlie Hebdo » : réactions après l’attaque du 7 janvier
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famillechretienne.fr
Le christianisme interdit d’oublier que la violence est au coeur de notre quotidien. Mais il annonce dans le même mouvement que l’amour est plus fort que tout.
Nous faisons tous l’expérience de la violence à des degrés divers et selon des registres fort différents. Commençons par distinguer deux facettes de la violence.
La violence subie : par soi-même, par des proches, par les victimes chaque jour présentes dans les médias. Elle entraîne la mort, blesse l’intégrité corporelle, l’intimité sexuelle, le psychisme, la réputation, l’honneur. Elle bafoue le droit fondamental à la vie privée, à la liberté, à l’expression des convictions religieuses. Dans tous les cas, la personne est atteinte dans sa dignité.
La violence génère des désordres intérieurs qui perdurent après que la cause a cessé. Violence d’autrui, violence sans visage, violence du destin : la frontière est souvent ténue car même en cas de catastrophe naturelle, d’accident ou de maladie, il est rare qu’aucune responsabilité humaine ne soit impliquée, fût-ce par négligence. Ainsi, la première facette conduit à la seconde.
La violence commise : de manière préméditée ou non ; par une personne seule ou en bande organisée ; délibérément ou par lâcheté ; une seule fois ou de manière répétée. Chacun peut être à la fois auteur et victime, tour à tour, bien sûr, mais aussi parce que la violence est souvent relue comme la réaction mal contrôlée au déferlement intérieur de forces étrangères : peur, colère, jalousie, haine de l’autre ou haine de soi, rage au coeur, désespoir, rébellion.
La violence naît par tempérament, par défaut d’éducation et de maîtrise de soi, ou encore par suite d’une violence subie.
Personnelle ou collective, la violence engendre la violence et il est difficile d’en arrêter la spirale.
Retenons que nous sommes à la fois différents et solidaires face à la violence : tandis qu’elle déchire les hommes entre eux, elle les force à reconnaître qu’ils sont frères et soeurs en humanité, marqués d’une même blessure qui les conduit à semer la violence ou à en faire les frais.
« Qu’as-tu fait de ton frère ? », demande Dieu à Caïn (Genèse 4). Comme lui, nous découvrons trop tard le prix de la fraternité. Par cette question posée à tous dès le quatrième chapitre de son premier livre, la Bible veut nous aider à rompre le cercle vicieux.
Prévenir la violence requiert le courage de regarder en face le monstre qui sommeille en chacun, l’attaquant par ses zones de faiblesse.
(...) Aujourd’hui, la technologie décuple le pouvoir de nuire : les armes de destruction massive, les mines antipersonnel…
L’État se réserve le droit d’exercer la violence pour assurer la sécurité, ce qui n’empêche pas les abus de pouvoir… La violence de l’exclusion n’a pas disparu : des peuples entiers manquent encore de logement, de nourriture, d’éducation et de travail ; internet, prétendument accessible à tous, entretient des frontières étanches entre groupes.
Dans ce monde différent, l’Évangile conserve sa force inspiratrice. Face au mal qui se répand, il incite à cultiver un juste esprit de honte, de révolte, et de critique sociale pour promouvoir une vie plus belle.
(...)
Philippe Bordeyne, recteur de l’Institut catholique de Paris
"Face à la violence, la force de l'Evangile" (extraits de la méditation 06/2014)
croire.com


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