Dès
les tout premiers siècles de la vie de l'Église
vont se combiner les développements cultuel et doctrinal sur la place de Marie,
inséparables des débats sur la double nature du Christ.
Les querelles christologiques aboutissent, en 431 au concile d'Éphèse,
à la définition de Marie comme mère
de Dieu, théotokos.
Puis l'empire d'Orient va lancer le
culte officiel de Marie qui se diffusera après
476 en Occident. Par ailleurs, dès la fin du IIIe siècle, la virginité
va devenir la valeur forte de la chrétienté,
permettant de "toucher les cieux en marchant sur la terre". [...] Au
IXe siècle, la Vierge devient en Occident "reine des
cieux", placée au sommet de la hiérarchie
des anges dans un système de représentation où le ciel et la terre sont en correspondance.
En Occident, alors que l'empire se désagrège,
la Vierge va peu à peu occuper une place vacante, celle de reine. C'est au
IXe siècle que s'impose, surtout en Occident, la figure de Marie
médiatrice.
Marie intervient dans les relations
entre pouvoir temporel et spirituel. Elle est précisément
à l'articulation des deux par son expérience
fondatrice de l'Incarnation. Alors que la royauté
renaît à partir du XIIIe siècle, elle est associée
à la reconstruction des structures temporelles du pouvoir.
Elle apparaît sur les sceaux en même
temps qu'elle trône aux tympans des églises.
Tandis qu'au XIIe siècle
on redécouvre le Dieu fait homme, la Vierge en Occident va
prendre de plus en plus d'importance comme mère
du Christ et des hommes. Au Moyen Âge, on pense la Vierge comme revêtant
le Christ d'un manteau de chair : de même recouvre-t-elle l'humanité
de ce manteau. C'est elle qui réintroduit l'humanité pécheresse
dans la grâce. Sa maternité spirituelle va engendrer de nombreux
ordres mais aussi patronner confréries, cités, universités : les cisterciens deviennent "fils de Marie".
Quant à la comparaison entre Marie et l'Église
toutes deux sont épouse et mère
apparue au IVe siècle, elle sera aussi développée
au XIIIe siècle.
Contre les excès
du culte marial, la Réforme protestante invitera à
retrouver la « vraie vierge des Évangiles ».
Ainsi Jean Calvin dans son Traité des reliques s'en prend vertement à
leur prolifération tandis que Luther met en exergue Marie comme
servante.
Puis, après
le concile de Trente, commence une nouvelle période
d'inflation des apparitions. Et au début XVIIe siècle,
la papauté lancera le culte de Lorette qui marquera peu à
peu les limites géographiques de la catholicité.
Les premiers récits
d'apparitions datent du concile de Constantinople (381). On est alors en plein établissement
du Credo. La pastorale de l'Église va utiliser les récits
d'apparition pour le faire passer, et chasser les hérésies.
Mais ces apparitions ne cesseront de se développer car le XIIe siècle
a une très forte attente de voir.
Le XIIIe siècle
connaîtra l'âge d'or des apparitions qui véhiculent
les modèles de sainteté : à
la virginité succède la maternité divine. On offre alors, par exemple,
aux âmes les plus saintes d'imiter la mère
de Dieu en faisant naître l'enfant Jésus dans son âme.
Enfin, plus marginal, le modèle de la servante qui émerge
au XIIIe siècle réapparaîtra au XIXe siècle.
Sylvie Barnay, historienne,
croire.com
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