Mais le
silence de Joseph porte aussi des stigmates. Celle des combats et des
arrachements auxquels sa foi a dû consentir. Croire, c’est
être capable de porter ses doutes. Il faut toujours
distinguer le fait de douter « de » Dieu et le fait de douter «
en » Dieu, c’est-à-dire éprouver à la pointe de la foi, la déception
de la non évidence, éprouver que Dieu n’est jamais autant Dieu que lorsqu’il
me manque, suscitant au-dedans de soi le désir
de le chercher encore, à tâtons, dans la nuit.
On
questionnait un jour Thérèse de l’Enfant Jésus sur sa prière. «
Que dites-vous à Jésus ? » Et elle, de répondre : «
Je ne lui dis rien, je l’aime ! »
Le
silence est la patrie de Joseph. Le silence enveloppe sa prière
qui se fait contemplation chaste et amoureuse de Marie, en qui Dieu fait ses délices,
et dont la beauté intérieure et immaculée l’invite,
jour après jour, à devenir digne d’elle. Sa prière
se fait adoration pour s’émerveiller à Bethléem, avec les bergers et les mages, de l’avènement
du Messie Sauveur dans la vulnérabilité d’un bébé qui babille ; pour s’étonner
à Jérusalem, auprès des docteurs de la Loi, de la
sagesse de l’enfant adolescent qui est déjà «
aux affaires de son Père ».
C’est
à partir du silence que Joseph cherche Dieu, qu’il
le trouve en Jésus, qu’il se réjouit de la présence sous son toit, du Fils de Dieu
devenu son enfant.
«
Pour apprendre Dieu, disait Jean de la Croix, l’esprit
doit plutôt renoncer à ses lumières, que de chercher à
s’en servir ». Ce jeûne de paroles que Joseph s’impose,
est pour nous une leçon de vie. Le silence a tellement de choses à
nous dire, dans notre monde bavard et bruyant. «
Si le mot que tu vas prononcer n’est pas plus beau que le silence que tu vas quitter,
alors tais-toi », conseille un proverbe touareg. Le silence est plus qu’une
abstinence de paroles, c’est une densité de présence,
une plénitude d’amour qui rassasie l’âme.
Le silence est l’habitude de Dieu, la langue de l’Esprit
Saint. Sur les traces de Joseph, c’est là que le Seigneur nous fixe rendez-vous.
Homélie de Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon,
pour le Pèlerinage des Pères de Familles en 2011 à Cotignac (Var)
(suite et fin)
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