17 août 2013

LE JEÛNE DE PAROLES







Mais le silence de Joseph porte aussi des stigmates. Celle des combats et des arrachements auxquels sa foi a dû consentir. Croire, cest être capable de porter ses doutes. Il faut toujours distinguer le fait de douter « de » Dieu et le fait de douter « en » Dieu, cest-à-dire éprouver à la pointe de la foi, la déception de la non évidence, éprouver que Dieu nest jamais autant Dieu que lorsquil me manque, suscitant au-dedans de soi le désir de le chercher encore, à tâtons, dans la nuit.
On questionnait un jour Thérèse de lEnfant Jésus sur sa prière. « Que dites-vous à Jésus ? » Et elle, de répondre : « Je ne lui dis rien, je laime ! »
Le silence est la patrie de Joseph. Le silence enveloppe sa prière qui se fait contemplation chaste et amoureuse de Marie, en qui Dieu fait ses délices, et dont la beauté intérieure et immaculée linvite, jour après jour, à devenir digne delle. Sa prière se fait adoration pour s’émerveiller à Bethléem, avec les bergers et les mages, de lavènement du Messie Sauveur dans la vulnérabilité dun bébé qui babille ; pour s’étonner à Jérusalem, auprès des docteurs de la Loi, de la sagesse de lenfant adolescent qui est déjà « aux affaires de son Père ».
Cest à partir du silence que Joseph cherche Dieu, quil le trouve en Jésus, quil se réjouit de la présence sous son toit, du Fils de Dieu devenu son enfant.
« Pour apprendre Dieu, disait Jean de la Croix, lesprit doit plutôt renoncer à ses lumières, que de chercher à sen servir ». Ce jeûne de paroles que Joseph simpose, est pour nous une leçon de vie. Le silence a tellement de choses à nous dire, dans notre monde bavard et bruyant. « Si le mot que tu vas prononcer nest pas plus beau que le silence que tu vas quitter, alors tais-toi », conseille un proverbe touareg. Le silence est plus quune abstinence de paroles, cest une densité de présence, une plénitude damour qui rassasie l’âme. Le silence est lhabitude de Dieu, la langue de lEsprit Saint. Sur les traces de Joseph, cest là que le Seigneur nous fixe rendez-vous.

Homélie de Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, 
pour le Pèlerinage des Pères de Familles en 2011 à Cotignac (Var)
(suite et fin)


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