2 août 2013

LA CHAIR RESSUSCITERA



L'abbé Pierre, photo Fondation Abbé Pierre


Le nouveau-né n'est pas seulement né, il est "nouveau". Il porte en lui une liberté neuve qui peut changer le monde. Il est l'anti-fatalité par excellence. [...] La condition incarnée ne serait donc pas une mauvaise nouvelle, mais au contraire une belle, une bonne, une heureuse nouvelle?
"Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi (en) nous" Jn 1,14. C'est ce qu'affirme la Bible.  En choisissant la chair de l'homme pour en faire sa maison,  Dieu la soulève comme un levain et lui rend ce pourquoi elle est faite: la gloire. Précisons un peu. La gloire, en hébreu, c'est ce qui a du poids, de la densité. Or, tout ce qui dans nos vies a ce poids est lié au corps, sous une modalité particulière, la relation et donc la parole.  Ce qui a du poids, c'est l'affection donnée et reçue, le temps passé pour d'autres, le mot qui relève ou qui pardonne . Voilà le poids de la chair, qui déborde la matérialité du corps.
Confesser la résurrection de la chair, C'est croire que toutes nos relations ordinaires, heureuses, compliquées parfois, sont non seulement recueillies entre les mains de Dieu, mais plus encore habitées, portées et transformées par Jésus-Christ dont la vie est pure relation, et en cela totalement glorieuse. Cette promesse n'est pas faite à l'homme seul, mais à toute la création. (cf. Ro 8,19). Enfin, cette promesse commence dès maintenant: "La question n'est pas de savoir si l'homme sera vivant après la mort, mais s'il est vivant avant la mort", écrit Maurice Zundel en écho à l'évangile de Jean qui ne cesse de parler de la vie éternelle au présent (Jn 17, 3). Chacun de nous, dans sa nouveauté unique, déploie de façon toute singulière le visage de l'amour de Dieu en ce monde.
Croire en la résurrection de la chair, c'est dès maintenant travailler, par nos mots et nos mains, dans cette vie, ce temps, ce monde, à ce que ce visage ne soit pas recouvert par ce qui défigure et tue, mais bien vivant au coeur de toutes nos relations. Quant à ce que cette résurrection signifiera dans l'éternelle présence de Dieu, laissons-le nous enn faire la surprise.

Anne Lécu, dominicaine, médecin de prison, écrivain
in "Les cahiers croire: le corps"  juillet-août 2013


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