18 juin 2018

LA VERTU DE PRUDENCE


"Annonciation ", by Mascha Chmakoff

Qu’est-ce que la vertu de prudence ?
La prudence ne choisit pas le but de nos actions, mais le moyen de l’atteindre. Elle évalue la situation et nous pousse ensuite à choisir la meilleure ligne de conduite pour parvenir à nos fins. La prudence façonne ainsi les autres vertus morales. (...) C’est elle qui nous permet d’appliquer les principes moraux aux cas particuliers que nous rencontrons dans l’existence. 
La Vierge est très prudente en ce sens qu’elle nous indique la voie infaillible à suivre pour devenir toujours plus fort, toujours plus juste, toujours plus maître de soi dans telle ou telle situation particulière. (...) Elle ne nous dispense pas une leçon de morale, elle n’édicte pas non plus de nouvelles tables de la Loi. Mais elle se tient au plus proche de nos existences afin de nous conseiller dans la mise en pratique de la Parole.
De plus, elle est la créature qui a assumé la responsabilité la plus grande dans l’histoire jamais confiée à une personne humaine en disant « oui » à l’Incarnation du Fils de Dieu, en devenant la porte d’entrée du Verbe dans le monde, et en continuant à exercer une responsabilité à nulle autre pareille au ciel par son intercession. Aussi ses responsabilités multiples et variées la rendent-elles attentive aux détails, aux circonstances de nos existences, ainsi qu’au tempérament de chacun. La Vierge sait d’expérience que l’on exerce pas la justice, la force, la tempérance de la même manière tous les jours. Elle a conscience également que les hommes ne vivent pas toutes les vertus évangéliques de la même façon.
Cette expérience, à la fois concrète et surnaturelle, des êtres et des choses, la Vierge l’a acquise parce que le Dieu biblique s’est révélé dans l’histoire. De fait, Marie n’a pas dit « oui » à Dieu tandis qu’elle vivait dans une condition céleste, un « oui » intemporel, hors sol. C’est au contraire à un moment précis de l’histoire et de son existence personnelle, que Marie a accueilli le Fils de Dieu en son sein. De même, elle sait d’expérience que nous avons tous une manière à nous d’aimer, d’être juste, d’être fort, manière qui est fonction de notre inscription existentielle dans un parcours et un contexte singuliers. 
(...) La Vierge vivait une situation inédite, sans pareille, sans précédent. Si elle n’avait pas possédé la vertu de prudence, elle n’aurait su que faire à ce moment précis de son existence. Car il ne suffit pas d’être juste, fort, maître de soi : encore faut-il ne pas rester les bras croisés dès lors qu’un événement considérable survient dans votre existence, et requiert de votre part la mise en œuvre de ces vertus hic et nunc (ici et maintenant).

Jean-Michel Castaing, essayiste
La Vierge et la vertu de prudence“ (extrait)
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