Espérer, c’est quelque chose de très concret : c’est croire que Dieu nous rend capables de poser des actes éternels. Que, quand nous aimons, cet amour n’est pas simplement un beau sentiment dans une marée d’absurdité vouée à la mort, mais une fenêtre que nous ouvrons sur l’éternité. Car ces actes éternels, ces actes que nous pouvons faire et dont le fruit est éternel, ce sont bien sûr les actes d’amour, les seuls qui comptent. Ce sont eux qui construisent, dans notre monde déjà, l’éternité, le royaume de Dieu. Cela nous oblige à renoncer à une vision à la fois très courante, et pour tout dire très infantilisante, de la vie éternelle comme récompense. Elle ne nous est pas donnée pour nous féliciter d’avoir cru au « bon Dieu », d’avoir été dans le bon camp, ni d’avoir accompli des actions justes et méritoires ou du moins d’avoir évité les péchés les plus graves. Il ne s’agit pas d’emmener au cirque un enfant pour le récompenser d’avoir été bien sage. Espérer, dans la pratique, ce n’est pas seulement croire que nous sommes capables d’éternité : c’est vivre en préférant l’éternel au reste, en faisant passer l’éternel d’abord, avant l’urgent, avant tout le reste qui nous paraît si important sur le moment. Espérer, c’est accepter d’adopter le point de vue de l’éternité : non pas un point de vue froid et lointain, mais au contraire, le point de vue de l’amour. Comme nos vies changeraient, si nous savions ordonner nos priorités en fonction du poids d’éternité de nos actions : l’ambition, le souci de gagner de l’argent, l’envie de se faire reconnaître se retrouveraient très vite au bas de la pile. On découvrirait que préparer un gâteau pour une voisine isolée, à qui cela fera plaisir, construit bien plus l’éternité que son poids de farine, d’œufs et de sucre ne le laisserait croire.
Adrien Candiard, o.p. Dominicain au Caire,
Extraits de „Accueillir le Royaume“
MAGNIFICAT
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