28 octobre 2015

CULTIVE LA SAGESSE





J’ai couru, bien longtemps, convaincu d’être libre. Vagabond débonnaire, fier de n’avoir nulle part, ni toit pour m’abriter, ni terre pour planter quelques maigres racines. Plus j’allais, plus j’aimais l’allure de ma course, le vent qui me grisait, l’imprévisible route. Je flambais les chemins, on m’admirait partout. A d’autres la peine des labeurs, les tâches répétées. Je les prenais de haut, riant du pauvre monde. Trop rapide pour qu’aucun ne puisse m’arrêter, questionner mon chemin. Je courais, aimant la course elle-même plus que là où menaient mes pas désordonnés.
Jusqu’au jour où le souffle finit par me manquer et où la route soudain m’est apparue banale. Jusqu’au moment terrible où je compris enfin que je courais en rond, tournoyant sur moi-même, je n’allais nulle part, je bâtissais en rêve, ma vie n'était que vent. Personne dans ma course, pour parler avec moi, pour m’instruire des choses survolées sans comprendre. Alors en un instant, au hasard du chemin, je me suis arrêté. Le choc fut terrible. Je vis, en me penchant, tout un monde inconnu. Les détails sublimes invisibles en courant. Je cherchais, en mendiant, un homme pour m’instruire. Cela, qu’est ce que c’est ? Et ceci ? Le sage que je trouvais restait d’abord muet. Alors mes questions épousèrent sa mesure. Elles devinrent plus rares, plus subtiles aussi : Pourquoi cela est-il ? Et où cela va-t-il ? Ma course devenait un chemin intérieur, creusé profondément au centre de moi-même. Pour rejoindre le monde.

La méditation par frère Franck Dubois, dominicain
sur la sagesse: Siracide 6,18-37
Signe dans la Bible 28/09/2015

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Le souci m’empêche de jouir de mon bonheur. Du fait que je n’arrive jamais à l’exclure totalement de mon âme, au moins qu’il y apporte un effet positif. Il devrait m’offrir l’intelligence en compensation. Le souci pourrait au moins m’enseigner de bien faire attention à ce que mon bonheur de vivre n’en soit pas perturbé. Si le souci me conduit à la sagesse, il aura rempli sa mission, sa raison d’être. Il me rappellera sans cesse que je dois bâtir ma vie sur de solides fondations, et non pas sur le sable des illusions. D’ailleurs, pour Jésus, c’est là le sens de l’intelligence : l’homme intelligent construit sa maison sur la roche, et non sur le sable. Nous pourrons nous rappeler cela la prochaine fois qu’un souci se présentera devant notre porte (ou sera déjà entré au salon).
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« La voie de la mesure » que saint Benoît exigeait de ses moines, était de tout organiser dans la modération, d'éviter les extrêmes de l’excitation et de l’anxiété, la suspicion et la jalousie. Seul celui qui connaît ses limites, ses mesures et ses capacités (ainsi que celles des autres) répartit correctement ses efforts. Ce n’est que lorsque nous ne dépassons pas nos limites que nous pouvons atteindre notre équilibre et notre harmonie intérieurs.

Anselm Grün, bénédictin allemand
Extrait de "Être en harmonie - Oublier ses soucis - Simplement vivre"
e-book éd. Jouvence 2013 - Suisse

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